Michel Munz et Gérard Bitton: Ah! Si j’étais riche

L’argent fait-il le bonheur? Dans „Ah! Si j’étais riche“, il y contribue du moins de manière habile et souvent comique.

Darrousin décroche la timbale

Qui n’a jamais prononcé, ne fusse qu’une seule fois, la phrase: „Ah! Si j’étais riche …“ Eh bien, pour Aldo, c’est chose faite. Il empoche le gros lot de dix millions d’euros au Lotto et son problème est réglé. Mais quel problème? Celui d’être
un minable représentant en produit capillaire et un homme malheureux en amour. D’ailleurs, ce n’est pas compliqué, sa femme lui a demandé le divorce. Marié sous la communauté des biens, il est tenu de partager ses gains avec sa femme sauf … s’il ne dit
rien.

Alors, durant la procédure, il vivra comme un pauvre. Mais la tentation est trop forte et, en cachette, il succombera à la tentation des vêtements de luxe, des grands restaurants, des vins millésimés et des putes, ce qui amènera des quiproquos jamais
méchants, souvent hilarants.

Après „La Vérité, si je mens I et II“, on peut dire que Michel Munz et Gérard Bitton s’y connaissent en comédie. Avec „Ah! Si j’étais riche“, on dirait qu’ils ont réalisé ce film un peu comme pour démontrer que „La Vérité“, dont ils sont les scénaristes,
n’était pas un coup de pot, mais un coup de maître – du moins pour certains.

Dans le cas de ce nouveau film, l’humour est différent, plus subtile, obligeant le spectateur à rester attentif, car s’il y a des gags visuels, intelligemment amenés, il y a aussi de nombreuses répliques franchement drôles. Ce sont toutes ces petites choses qui font la force de cette comédie qui, de prime abord, nous paraissait être sans grande envergure. Probablement, si Jean-Pierre Daroussin – qui, pour la première fois de sa carrière, endosse le premier rôle – avait été remplacé par un autre acteur, la mayonnaise n’aurait pas pris aussi bien. Qui sait?

Quoi qu’il en soit, Jean-Pierre Darrousin, alias Aldo, endosse parfaitement la panoplie du mec paumé qui devient richissime. Qu’il apparaisse en pauvre ou en riche, son talent de comédien reste intact et le personnage toujours aussi crédible. Et ce n’est pas le seul à nous donner satisfaction. Zenedine Soualem est attendrissant dans le rôle du père de famille qui vient de se faire licencier par le nouveau patron, François Morel a mis de côté son ego pour camper le genre de collègue et d’ami fidèle
que nous rêvons tous d’avoir, et Valérie Bruni-Tedeshi ne change rien à ses habitudes de femme blessée et incomprise.

Quant à Richard Berry, il est le seul à ne pas se mouiller en campant un patron pas toujours très correct, sans c ur même, qui essuiera tôt ou tard un retour de flamme pour le plus grand plaisir du spectateur.

Sans oublier les petits rôles, comme celui d’Henri Guibet dont la scène débouchera un peu plus tard sur un gag franchement marrant. C’est là aussi la force de Michel Munz et Gérard Bitton: amorcer un gag, le laisser macérer pour le faire exploser un quart
d’heure plus tard, alors que le spectateur ne s’y attend plus. Du coup, c’est gagné. Certes, personne ne se roule par terre, mais on sent que les éclats de rire se font de bon coeur.

Femmes et argent

Reste le côté moralisateur que certaines personnes pourraient ressentir. C’est vrai que l’on peut disserter sur le côté „l’argent ne fait pas le bonheur“, mais la réplique: „Non, mais il y contribue“, trouve dans ce cas précis tout son sens.

D’autres pourraient également reprocher au film – sans vouloir révéler toute l’intrigue – que les femmes y sont représentées comme s’il suffit de montrer une liasse de gros billets pour leur faire tourner la tête. Mais tout cela serait de très mauvais
goût et, qui plus est, une perte de temps. „Ah! Si j’étais riche“ est une comédie qui permet de passer une excellente soirée, de se déstresser, et de constater que le cinéma français peut proposer des longs métrages pas trop compliqués à suivre, tout
en étant de bonne qualité. Pourquoi d’ailleurs aller chercher midi à quatorze heures? Faites comme Aldo, profitez de la vie sans vous posez trop de questions.

Thibaut Demeyer

A l’Utopolis


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