CINEMA POST-TALIBANS: Kaboul s’éveille

„At Five in the
Afternoon“ de Samira Makhmalbaf est le premier film tourné à Kaboul après la chute des talibans et exige beaucoup de patience du public.

A cinq heures de l’après-midi, il fait froid en Afghanistan, car la mort n’est pas loin. Samira Makhmalbaf la représente à l’aide du déclin de la santé d’un nouveau-né. Face à celui-ci, les habitant-e-s d’un pays en ruine peuvent fermer les yeux ou accepter l’inacceptable … il n’y a pas d’entre les deux.

D’habitude, quand le cinéma emploie des enfants, c’est pour se jouer plus facilement des émotions des spectateurs et spectatrices. Samira Makhmalbaf, elle, filme ce bébé mourant avec une distance édifiante et laisse à tous moments son public en dehors de l’action – même s’il faut dire, qu’il n’y en a pas beaucoup dans ce film. Nous, Occidentaux, ne pouvons que regarder cette misère. Impossible d’y prendre part … En cet aspect „At Five in the Afternoon“ est un film exemplaire.

Cette réalisation, primée à Cannes par le „Prix du Jury“ et le „Prix du Jury oecuménique“, laisse ainsi son public à l’écart, surtout après la première moitié de film. Mais elle n’est pas misérabiliste de bout en bout. Tout commence par l’espoir …

Le premier film tourné à Kaboul après la chute du régime des talibans montre une femme, victime du fanatisme religieux de son père, qui s’est inscrite à l’école à l’insu de ce dernier. Elle s’y met à rêver que, dans son pays libéré de ses oppresseurs, la féminité a une place. Et que la femme peut développer une nouvelle fierté, qui pourrait bien lui permettre, à elle, de devenir présidente de la république afghane.

On se rappelle „La pomme“ (1997), que Samira Makhmalbaf a réalisé à dix-sept ans seulement et pour lequel elle a déjà été sélectionnée à Cannes. Ce film a fait le tour d’une centaine de festivals et a été distribué dans une trentaine de pays. Et puis aussi: „Le tableau noir“ (1999), dans lequel elle met l’accent sur l’importance de l’éducation, thème repris amplement dans son nouveau film. Ou encore, sa participation à l’oeuvre collective „11.09.01“, faisant suite à l’attentat du „World Trade Center“ new-yorkais. Mais surtout „Kandahar“ (2001), réalisé par son père Mohsen Makhmalbaf, figure de proue du cinéma iranien avec Abbas Kiarostami. Ce film montre une femme libre au début, obligée d’accepter peu à peu l’enfermement imposé, représenté au dehors par la „burqua“.

„At Five in the Afternoon“ est son contraire: une femme enfermée par la tradition, qui veut s’en libérer. Mais, dans un pays comme l’Afghanistan, la situation actuelle ne permet, en fin de compte, que le combat quotidien pour survivre. Il y a là peu de place donnée au rêve …

Quand le corps s’engourdit

L’état des lieux afghans que se propose de faire ainsi Samira Makhmalbaf est poignant. Au-delà de cette mise au point, la réalisatrice demande tout de même souvent trop à son public. Le montage (Mohsen Makhmalbaf est monteur, producteur et co-scénariste du film) est très anti-américain, car il prend son temps, tout son temps. Et puis les acteurs et actrices amateur-e-s (même l’actrice principale, Aghele Rezaïe, est, en fait, une enseignante, mère de trois enfants, dont le mari a été porté disparu suite aux bombardements américains fin 2001), disent souvent leur texte d’une manière excessivement monocorde. C’est là peut-être la particularité de l’accent ambiant, mais tout de même …

Bref, au bout d’une heure on sent le corps s’engourdir dans le siège du cinéma, alors que le film n’en a pas fini de se raconter pour trois quarts d’heure encore. Mais ce long métrage est si loin des aspirations divertissantes de l’industrie cinématographique en général, qu’on peut difficilement lui en faire le reproche. En effet, comment houspiller une réalisatrice venue filmer l’agonie d’un peuple, parce que son film manque d’entrain?

Il y a aussi quelques scènes mémorables dans „At Five in the Afternoon“: l’engueulade entre écolières sur la légitimité d’une femme en tant que présidente de la république en Afghanistan; la rencontre avec le casque bleu français, qui ne sait évidemment pas pourquoi ses compatriotes ont voté Chirac; ou encore, et surtout, la relation du personnage principal avec son soupirant poète pakistanais, offre un peu de vie au malheur ambiant.

A l’Utopia


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