CLAUDE DUTY: Bienvenue au gîte

Des gens de la ville décidant de vivre à la campagne, cela donne une bonne tranche de rire, pas très bio, dans „Bienvenue au gîte“, le tout sans conservateurs.

Un couple persuadé que manger bio donne accès au véritable sens de la vie. Marina Foïs et Philippe Harel découvrant leur rêverie bucolique

Imaginez un couple de Parisiens, convaincus d’être très original dans leur projet de racheter un gîte à Frassinousse, un obscur village du Sud, afin d’y cultiver leur tout nouveau retour aux choses vraies. Imaginez encore Marina Foïs (des inénarrables „Robins des Bois“) dans le rôle de Caroline, l’exécutive woman parisienne et Philippe Harel dans celui de Bertrand, son flegmatique compagnon. Cela ne peut faire que des étincelles.

Qu’il est doux le rêve naïf et formaté de ce couple, persuadé de la nécessité de manger bio ou de préparer soi-même ses confitures, pour avoir accès au véritable sens de la vie. Pour ce second long métrage, Claude Duty („Filles perdues, cheveux gras“) nous sert une comédie légère, forcément propice aux situations cocasses et même au non-sens, grâce à une galerie de seconds rôles sacrément déjantés. La palme revient sans doute à Madame le Maire (Bulle Ogier), incapable de compter en euros et à sa petite-fille, qui nous offre une version ado-ghotique façon rurale. Ajoutons à cela l’arrivée des premiers clients qui agiteront le gîte: des stars du X en dépression, des scouts et des Belges!

Le couple Marina Foïs – Philippe Harel évolue, entouré de ce joli monde, en parfait contraste: la débauche d’énergie de la première contre le flegme stoïque du second.

A la campagne, les angles, au lieu de s’arrondir ne feront que s’acérer: dès son arrivée au gîte, on sent la déception poindre dans les yeux de Caroline; décidément, cet endroit n’est pas du tout à son goût! Son naturel d’exécutive woman reprend le dessus et la voilà qui se révèle encore plus agaçante qu’à Paris! „Son perfectionnisme s’accompagne d’une incapacité à ne jamais lâcher prise, ni faire confiance à qui que ce soit d’autre qu’à elle-même“, confie Marine Foïs. „Il y a une part de choses que je peux comprendre chez elle, mais j’espère être capable de plus de générosité et d’un peu plus d’ouverture d’esprit. Caroline incarne à mort un discours super formaté, celui du retour à la campagne, à la vraie vie. Elle a l’impression que c’est très personnel, d’être en marge, alors qu’en fait, elle est juste un produit de son milieu. C’en est pathétique. La manière dont elle décore son gîte, on dirait un sous Marie-Claire du pauvre !“

Joie cruelle perceptible

Voilà qui en dit long sur la joyeuse complicité qui existe entre Marina Foïs et son personnage. La première dame des „Robins des Bois“ habite Caroline avec une joie cruelle perceptible, tout au plaisir de faire grincer des dents dans les salles obscures. „C’est vrai que je ne suis pas très rurale comme fille. Je ne ferai pas de manifs contre l’herbe et les plantes, mais je me sens mieux sur un trottoir que dans un pré.“ C’est dire si elle était faite pour incarner Caroline!

Malgré la promesse d’un délire aux accents sarcastiques prononcés, l’ensemble se révèle pour finir plus anecdotique qu’inoubliable. Cela n’empêchera personne de manger bio, mais le spectateur se fend d’une bonne tranche de rire, et sans conservateurs!


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