JAMES MANGOLD: Identification d’un assassin

„Identity“ s’inscrit dans la lignée des films sur la schizophrénie. Le réalisateur James Mangold y manipule les spectateurs avec délice, ce qui fait de son film un thriller haletant.

La schizophrénie n’est pas un sujet bien nouveau pour le 7e Art. Il suffit de se référer à des films récents comme „Menteur, menteur“, „Fight Club“, ou encore „Un homme d’exception“, pour s’en rendre compte. Dans „Identity“, James Mangold ne fait que reproduire ce que l’on sait déjà à propos de cette maladie. C’est du moins ce que l’on pourrait penser à première vue. Mais c’est mal connaî tre le cinéma de ce réalisateur, qui nous offre ici un thriller haletant, inquiétant, angoissant même, aux nombreuses références hitchcockiennes.

La manipulation du spectateur est la grande force de ce thriller psychologique où le scénario, dont les scènes s’emboî tent comme des tables cigognes, ne présente aucune faille. „Identity“ est d’ores et déjà un modèle du genre, qui fait preuve d’une énorme maî trise dans la jonglerie des scènes par rapport au nombre de personnages.

Le découpage des scènes est un véritable bijou. Mais que serait-elle sans le talent de James Mangold (qui avait déjà tant séduit avec „Cop Land“ et qui était tellement haï ssable pour son „Kate and Léopold“) qui, de par sa mise en scène précise, a donné tout son tempo au film et su mettre en musique le travail réalisé par son scénariste sans fausse note?

La mise en route de cette histoire est déjà un „must“ en soi. En dix minutes et trois scènes, il plante le décor, met en garde le spectateur pour le reste de l’histoire et nous colle au siège pour ne plus nous en décoller avant la toute dernière image.

Première scène: une call-girl jette par la fenêtre de sa voiture un escarpin. Seconde scène: une famille modèle est victime d’une crevaison provoquée par cet escarpin. Troisième scène: le chauffeur d’une star capricieuse renverse malencontreusement la femme de la famille modèle, qui était descendue de voiture pour donner un coup de main à son mari, laissant seul dans la voiture leur petit garçon.

Ces trois scènes, qui suivent une suite logique de l’événement, se passent sous une pluie battante. Et cette météo désastreuse va conduire tous nos protagonistes à se réfugier dans un motel miteux, situé en plein milieu de nulle part.

Six personnes – la call-girl, le père, la mère, le fils, le chauffeur de la star et la star – vont être rapidement rejointes par un flic et son détenu et, pour compléter le tableau, une jeune fille et son copain. En tout, le maî tre des lieux y compris, ils seront donc au nombre de onze. Onze personnes qui croient que le pire vient d’être passé.

Enfin, durant cette nuit, qui deviendra vite de plus en plus cauchemardesque, tous les clients du motel vont se faire assassiner un par un. Tous, sauf le meurtrier …

Eh oui! Contrairement à ce que la bande-annonce pourrait nous faire croire, il n’y a ni monstres, ni légende indienne qui fait revenir les esprits, mais bien un seul et unique assassin. Tout comme M. Night Shyamalan l’avait fait pour son „Sixième sens“, James Mangold parsème tout le long de son film des indices, qui pourraient éventuellement nous mettre sur la voie. Ceux-ci sont tellement subtils que l’on croit savoir tout le tout avant de se rendre compte à chaque fois qu‘ on a fait fausse route.

Mais „Identity“ n’est pas seulement un excellent thriller, c’est également un long métrage psychologique, où chaque personne a dû mettre l’accent sur l’intrigue, comme l’a expliqué John Cusack lors de son passage au dernier „Festival de Deauville“ pour y promouvoir le film de James Mangold. „Notre rôle était de jouer sur la diversion et la surprise du public. Nous devions servir en priorité l’intrigue, avant notre personnage. Pour cela, James Mangold nous a bien aidé en collaborant entièrement avec nous et sans vouloir nous manipuler, à l’inverse du spectateur.“

Il est vrai que James Mangold a extrêmement bien réussi sa manipulation du public, allant même jusqu’à nous bluffer au niveau des décors: „Tout ce que vous avez vu sur l’écran au niveau des décors n’est que pure fiction, car chaque scène du film a été tournée en studio dans le même immense hangar où John Boorman avait tourné à l’époque ‚La Forêt d’Emeraude‘. Chaque matin“, comme le précisaient John Cusack et Amanda Peet, „lorsque nous rentrions dans ce studio, avec ces machines à pluie, cette lumière, on avait l’impression de rentrer dans un autre monde, dans une autre dimension et c’est cela qui nous permettait de plonger rapidement dans la peau de nos personnages.“

Avec „Identity“, James Mangold nous enferme dans un huis-clos où tout ce que vous verrez à l’écran n’est pas forcément une représentation de la vérité et où l’imagination de l’homme est sans limite, surtout s’il souffre de schizophrénie.

A l’Utopolis


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