ELECTIONS 2004: Quoi de neuf à gauche?

Remporter les prochaines élections et évincer le CSV… Cet objectif, annoncé par des politicien-ne-s de gauche, est-il réaliste? Est-il souhaitable seulement?

Dans quelques jours l’on commémorera la grande manifestation du 9 octobre 1973, celle qui avait sonné le glas de 25 années de domination chrétienne sociale sur l’espace politique luxembourgeois. La constitution d’un gouvernement LSAP-DP suite aux élections de ’74 avait été fêtée comme une victoire de la gauche. Les temps ont bien changé: difficile de classer à gauche des politicien-ne-s comme Henri Grethen, Anne Brasseur et Lydie Polfer. Ce qui est resté de cet esprit de ’73 chez une partie des politicien-ne-s socialistes et Vert-e-s, c’est l’espoir, voire l’obsession d’évincer le CSV du gouvernement. En effet, en 2004 cela fera à nouveau 25 ans que ce parti domine les gouvernements successifs.

Le problème, c’est qu’au début des années 70 le débat politique luxembourgeois était polarisé autour de questions de société comme l’interruption volontaire de grossesse. Pour éviter qu’un tel scénario ne se reproduise, Jean-Claude Juncker a su renouveler l’image de son parti et amorcer des réformes sociétales, à commencer par la création du ministère de la promotion féminine en 1995 – au nez et à la barbe de ses partenaires socialistes. Et en matière de justice sociale, le discours du CSV est de toute façon bien plus à gauche que celui du DP. Certes, on peut se lancer à l’attaque du „CSV-Staat“. Mais une défaite de ce parti n’équivaudrait plus, aujourd’hui, à une victoire de la gauche.

Quelles perspectives pour la gauche alors? Un des rares à formuler une stratégie inscrite dans le long terme est le socialiste Alex Bodry. Dans le livre „Demain, la gauche!“, édité par les Jeunesses socialistes, il constate que la gauche, sans le parti démocratique, est structurellement minoritaire sur le plan électoral. Sa seule chance de briser l’hégémonie de la droite, d’après Alex Bodry, serait de se rassembler autour d’un noyau réformiste incarné par le LSAP. L’auteur compte-t-il vraiment sur la formation, à l’échelle nationale, d’un gouvernement de gauche, à l’image de la coalition qui aujourd’hui gère la ville d’Esch? Ne mise-t-il pas plutôt sur un renversement des rôles entre les trois partis traditionnels? Le LSAP, porté par une dynamique progressiste, prendrait la place du CSV en termes de poids électoral et pourrait gouverner dans la continuité, avec des partenaires variables.

Cette stratégie prometteuse suppose que le LSAP puisse prétendre à un leadership des forces progressistes. Pour cela, il devrait faire le bilan des errements des 25 dernières années, passées à sacrifier au pragmatisme, au libéralisme économique et au centrisme politique. Justement le parti vient de laisser passer l’occasion de prendre un virage à gauche: le programme fondamental récemment adopté ressemble fort à celui de 1992 – écrit du point de vue d’un parti de gouvernement – et reste très loin de celui – ouvertement anticapitaliste – de 1972.

Confrontés à un parti socialiste à la recherche de son âme, la marge de manoeuvre des autres partis de gauche est réduite. Le parti Vert tente d’influencer les débats à la Chambre et au sein des coalitions au niveau communal à travers sa compétence et son esprit d’innovation. Les résultats obtenus varient et ne peuvent guère conduire à des changements politiques profonds, d’autant plus que l’excès de pragmatisme menace de dissoudre les contours de son identité „écologiste de gauche“. Certain-e-s Vert-e-s, tout comme une partie de „Déi Lénk“ se voient plutôt dans le rôle de l’aiguillon qui, à travers un discours radical, ramène la social-démocratie sur la bonne voie. Il reste, bien entendu, à l’extrême gauche ceux et celles pour qui le LSAP est moins un allié qu’un instrument de la bourgeoisie servant à occulter la lutte des classes.

Les perspectives électorales et institutionnelles de la gauche apparaissent sombres. Pourtant, l’histoire récente montre que le progrès social est possible sans victoires aux élections. Et alors que les partis, qui cherchent à „gagner“, se retrouvent dans une impasse, les mouvements sociaux de gauche, dont le but est de convaincre et de conquérir, ont un bel avenir devant eux.


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