SAM MENDES: Jarhead

Dans un des premiers films sur la guerre du Golfe de 1991, il ne se passe rien. Ou presque.

Bienvenue dans le désert: Jake Gyllenhaal dans „Jarhead“ de Sam Mendes.

Sam Mendes a fait son film de guerre. Que pouvait-on attendre du réalisateur d'“American Beauty“ si ce n’est une approche différente des valeurs américaines? Pour „Jarhead“, tiré du roman d’Anthony Swofford, Mendes a choisi de ne pas filmer la guerre mais l’attente de la bataille. Celle qui délivrera toutes ces têtes de bocaux de leur insatiable soif d’en découdre.

Dans „Jarhead“, pas de batailles de Falloujah, pas d’effets, comme aurait pu le faire, par exemple, Roland Emmerich, réalisateur de l’affligeant „Independance Day“ et du pathétique „Pearl Harbor“. Ici, les héros ne sont rien de plus que des têtes de bocaux vides ou éventuellement remplis de cervelle bovine pressée, mobilisés dans le désert et s’adonnant à ce qu’un GI sait faire de mieux, à part tuer: se branler, péter un boulon, sortir des vannes douteuses. Deux heures à ce régime (les GI ont eu moins de chance puisqu’ils durent tenir cinqmois) et vous ressortez avec la même envie qu’eux de tirer dans le tas!

1991. L’Irak vient d’envahir le Koweï t et ses précieux puits de pétrole. Le bienveillant Oncle Sam envoie des centaines de milliers de GI dans le désert et attend le signal pour commencer les hostilités. Les GI, avec en vedette, le très prisé Jake Gyllenhal et Peter Sarsgaard prennent leur mal en patiente. Formés pour tuer, ils ne rêvent que de passer à l’action et se retrouvent pris au piège d’une attente forcée au milieu de nulle part. „J’ai toujours voulu comprendre ce qui pousse quelqu’un à partir au combat, parce que c’est vraiment à l’opposé de ce que je suis. Et j’ai toujours été fasciné par ce qui motivait les gens à devenir soldats et faire la guerre. Mais ce qui m’a attiré avant tout c’est le ton du roman d’origine: à la fois drôle et original, tout en restant très sceptique sur ce qu’il se passait“, confie Sam Mendes. Filmer la vie d’un marine telle qu’elle est le plus souvent, c’est-à-dire, désorganisée, désoeuvrée et „non héroï que“, tel était le but avoué de Sam Mendes. Le réalisateur américain y est magistralement parvenu jusque dans sa façon de mener sa mise en scène. Pas de story board continu, un nombre de scènes prises sur le vif, sans préparation. Peter Sarsgaard confirme cette approche: „On passait beaucoup de temps à attendre, assis dans un coin … Notre propre attente a même été filmée! Il y a de nombreux plans où l’on voit les marines en train de tuer le temps, ce ne sont que les comédiens attendant de jouer leur scène … Rester cinq mois au milieu du désert, il y a de quoi péter un boulon“

C’est exactement ce qui se passera pour certains GI, lorsqu’ils réaliseront que de cette attente, il ne découlera que le désert.

Quatre jours de guerre exactement, voilà ce qu’aura vécu de loin le soldat Swofford. Pas un seul combat, seulement des avions américains passant au dessus de sa tête, les puits de pétrole brûlés (images toujours aussi saisissantes que surréalistes) et l’autoroute de la mort où gisent des corps et des véhicules calcinés après le passage des avions. La guerre chirurgicale a fait son ´uvre et les marines peuvent rentrer à la maison en ponctuant une victoire dont ils ne se sentent pas investis, d’une fête morose pendant laquelle ils tireront leurs premières balles dans le désert. Une vision bien différente de ce qu’on a l’habitude de voir concernant la guerre et tristement révélatrice du peu qu’il y a dans certaines de ces têtes de bocaux.


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