Beuriot & Richelle: Amours Fragiles: 1. Le Dernier Printemps

Avec „Amours fragiles“ Beuriot et Richelle nous présentent l’avant-guerre du point de vue d’un jeune Allemand.

Beuriot & Richelle: Amours Fragiles: 1. Le Dernier Printemps (Casterman / 86 p. / 559 F

Romeo et Juliette en Allemagne Nazie

Le dessinateur Jean-Michel Beuriot et le scénariste Philippe Richelle commencent leur cycle „Amours fragiles“ (Casterman) au bord de la Méditerranée en 1942. Dans une belle villa au bord de la mer, la jeune Catherine semble avoir une liaison secrète avec une connaissance de son mari, Xavier Gance, un homme riche et oisif. Le lecteur découvre avec surprise que l’amant est un officier allemand de vingt-huit ans qui essaie de comprendre comment il en est arrivé là depuis 1932, quand il était encore lycéen quelque part en Allemagne. Le premier tome, „Le dernier Printemps“, raconte son histoire.

Martin Mahner et son ami Günther sont des garçons issus de deux familles bourgeoises, et leurs intérêts vont des filles à la littérature. Martin, beaucoup plus timide envers les femmes, souffre des convictions politiques de son père, un anticommuniste féroce qui applaudit l’ascension progressive des nazis. Le père Mahner et son copain Gustav ne manquent aucun discours d’Adolf Hitler sur leur poste TSF et, après quelques bières, rêvent à un bel avenir pour leur pays. En bon fils, Martin ne rouspète pas, même quand son père veut le forcer à étudier le droit, comme l’a fait son brillant cousin Paul. Exaspéré, il cache initialement son dédain pour l’idéologie de l’extrême-droite, qui commence à empoisonner son entourage, et il se tourne plutôt vers la nouvelle fille d’à côté, Katarina Braun. Fille de médecin, elle vient d’emménager et les deux jeunes gens découvrent une passion commune pour les romans de Stefan Zweig.

Un amour impossible?

Malheureusement pour Martin, Andrea, une copine de Katarina, tombe amoureuse de lui tandis que Katarina sort avec le superficiel Günther, vu que Martin souffre d’une timidité quasi pathologique. Martin ne se sent pas attiré par l’énergique Andrea et il renoue avec Katarina quand elle lui confie qu’elle est juive. Elle commence à être exclue du cercle de ses amies à l’école; son père a également des problèmes, car ses patients sont découragés par des SA devant sa porte. Même le père de Martin, qui avait quand même cru que Hitler saurait choisir entre les bons Juifs intégrés et les bolchéviques, ne peut plus aller chez son tailleur Rosenthal. Autour de lui, Martin voit des gens disparaître, perdre leur emploi – comme son professeur de littérature – ou être arrêtés; la police a en effet tous les pouvoirs après l’incendie du Reichstag. Günther se laisse aussi séduire par la politique des emplois et minimise la suspension des libertés civiques si elle permet de combattre les agitateurs qui en veulent à une Allemagne forte.

Martin doit choisir son camp le jour où il se bat avec deux SA qui agressent Katarina. L’un d’entre eux est un ancien camarade de classe qui prend visiblement sa revanche pour avoir été taquiné et ridiculisé à l’école. Il fait comprendre à Martin que tout le monde porte une part de responsabilité pour ce qui est en train d’arriver. Le père Mahner envoie son fils en Bavière, chez son oncle, un modeste fabricant de nains de jardin, afin qu’il y réfléchisse à ses actes. La tante de Martin intercepte le courrier de Katarina, et les jeunes amoureux restent sans nouvelles l’un de l’autre alors que les événements se précipitent dans leur ville.

Une BD courageuse

Beuriot et Richelle ont le courage de montrer l’avant-guerre en Allemagne avec beaucoup de sympathie pour leurs caractères et ils font preuve d’une bonne connaissance des faits. Parfois, „Le dernier Printemps“ tombe dans le didactisme, surtout quand les personnages „expliquent“ les faits historiques. Ceci donne à ce récit un léger caractère de leçon d’histoire pour ceux qui ne connaissent des Allemands que le cliché de nazi abruti des films français. Cette approche n’est donc pas une mauvaise initiative. Les dessins en couleur pastel sont doux comme s’ils essayaient de prouver que le plus grand mal peut se cacher derrière les choses les plus inoffensives. La plus grande réussite des deux auteurs réside dans la description de l’inertie de la plupart de la population, incarnée par le jeune Martin. Beaucoup de gens ne veulent pas croire au pire et ce n’est que lorsqu’il est trop tard qu’ils se voient face à des choix difficiles. Sans jamais voir un portrait d’Hitler, nous ressentons très bien la peur qui s’intensifie et nous comprenons que la vie des gens simples est bouleversée à tout jamais. „Le dernier Printemps“ n’arrive pas à contourner quelques stéréotypes, mais les personnages attachants ainsi qu’un suspense subtile donnent envie de connaître la suite racontée dans „Un Eté à Paris.


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