X.Dorison/A.Alice: Le Troisième Testament, Livre III: „Luc ou le souffle du taureau“

Dorison et Alice ressuscitent l’aventure historique avec un grand A.

X.Dorison/A.Alice: "Le Troisième Testament", Livre III: "Luc ou le souffle du taureau", Collection Grafica – Editions Glénat, 56 p., 446 FLUX

Le reliquaire maudit

La bande dessinée francophone peut se vanter d’un bon nombre de séries classiques, mélangeant adroitement l’Histoire aux aventures: citons par exemple „Les Sept Vies de l’Epervier“ de Cothias et Juillard ou „Les Passagers du Vent“ de Bourgeon. Ces dernières années, un surplus de scénarios similaires d’une valeur inférieure et des auteurs se voyant „forcés“ – à la façon d’Hollywood – de donner des suites de qualité impardonnable à leurs séries ont sévèrement compromis le niveau de ce genre de bande dessinée. Comme nous l’avons déjà observé à plusieurs reprises, il y a également une tendance à renoncer à des histoires bien construites au profit de dessins superbes mais éphémères.

Heureusement, il y a environ quatre ans, la nouvelle d’une série au grand potentiel s’était répandue de bouche à oreille parmi les fanatiques de la BD historique. Il s’agissait d’une coopération entre X. Dorison (scénario) et A. Alice (dessins et couleurs) qui avait su s’imposer sans grand coup publicitaire – la demande grandissante pour le premier tome avait surpris la maison d’édition. Depuis lors, „Le Troisième Testament“ est devenu une valeur sûre et la parution du troisième tome, „Luc ou le souffle du taureau“, ne fait qu’accroî tre le suspense de vouloir connaî tre le dénouement dans le Livre IV: „Jean ou le jour du corbeau“.

La chasse au Troisième Testament

Dans le premier livre, „Marc ou le réveil du lion“, lui aussi nommé d’après un livre de l’Evangile, nous sommes témoins du procès de Conrad de Marbourg. A la fin du XIIIe siècle cet ancien inquisiteur a osé accuser l’Eglise de corruption. Nous le retrouvons vingt ans plus tard à Paris où il est convoqué par l’archevêque Charles d’Elsénor qui lui révèle qu’un couvent a été mis à feu et à sang. Détail troublant, c’est le couvent où avaient été trouvés dans un ancien reliquaire des documents mystérieux. Il s’agit de parchemins écrits par les Essènes – cette secte dont Jésus-Christ a peut-être fait partie – et trouvés à Qumran lors des croisades. Ces écrits, une sorte de Troisième Testament, ne sont répertoriés nulle part et constituent donc un danger considérable pour les dogmes de l’Eglise.

Charles demande à son vieil ami de découvrir ce qui a pu justifier le massacre au couvent de Veynes. Conrad est sur le point de refuser quand les assassins mystérieux tuent l’archevêque. Il s’enfuit de Notre-Dame de Paris avec Elisabeth, fille adoptive de Charles d’Elsénor – et narratrice de l’histoire. Commence alors un voyage périlleux qui les mène dans les Pyrénées où Elisabeth découvre le passé sombre de son compagnon de voyage. Un vieux moine leur raconte l’histoire de Julius de Samarie, ignorée dans les écrits officiels mais au centre de la chasse au Testament.

Périple à travers l’Europe

Le deuxième livre, „Mathieu ou le visage de l’ange“, envoie d’abord le couple insolite à Tolède, où ils comptent trouver la clé du mystère dans une bibliothèque secrète, puis à Stornwall, au nord de l’Ecosse. Ils y sont accompagnés du jeune aventurier Trevor O’Neill, qui ne tardera pas à s’intéresser à Elisabeth, sous l’oeil méfiant de Conrad. Dans le troisième livre, l’aventure rebondit au moment où ils sont emprisonnés par les moines noirs dans la forteresse de Stornwall. Le supérieur des moines, l’évèque Uther le Pourpre, s’est emparé d’une copie du manuscrit de Julius, copie qui le guidera vers l’endroit où se trouve le Troisième Testament. Nos trois héros réussissent à s’enfuir et se mettent en route pour la Bohème, tout en essayant d’éviter les Templiers, eux aussi à la recherche du Testament. A la fin de l’album, Conrad est mené à l’échafaud et Elisabeth disparaî t dans les flots d’une rivière lors d’une tempête diluvienne…

Une aventure fort classique

Le lecteur d’une bande dessinée comme celle-ci n’attend pas des innovations mais un scénario bien ficelé et du suspense. Dorison et Alice sont des maî tres du genre et ne laissent de côte aucun cliché. L’héroï ne est jeune et pulpeuse, le héros est cruel et taciturne, et les combats se font en haut des cathédrales ou au-dessus de ravins profonds. Or l’idée est intelligente et les dessins ne laissent passer aucune occasion pour présenter l’architecture ou la nature sous des angles nouveaux et dramatiques. Il y a des clins d’oeil à Victor Hugo et des références non dissimulées au „Nom de la rose“ d’Umberto Eco. Pour ceux qui aiment leur aventure assaisonnée d’un arrière-fond de religion et de littérature, le tout lié avec une sauce de Grand-Guignol, „Le Troisième Testament“ est un régal. Vivement le quatrième livre.


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