Cothias et Juillard: Plume aux vents

Cothias et Juillard avaient su tenir en haleine avec „Les 7 vies de l’épervier“. Dommage que cet élan perd son souffle dans la suite de cette oeuvre.

Cothias / Juillard: „Plume aux vents“, Tome 3 : Beau-Ténébreux (Editions Glénat, 48 p., 490 LUF)

L’épervier perd ses plumes

II y avait une fois deux artistes géniaux, le scénariste Patrick Cothias et l’illustrateur André Juillard, qui se mirent ensemble afin de créer une des plus merveilleuses épopées de la bande dessinée francophone, à savoir „Les 7 vies de l’épervier“. Cothias et Juillard racontaient l’histoire du mystérieux Masquerouge, une sorte de Robin des Bois du début du 17e siècle, à l’époque d’Henri IV et de son fils Louis XIII.

En Auvergne, Masquerouge, toujours accompagné d’un épervier dont il tire ses forces, combat les propriétaires et les nobles qui exploitent les petits gens. Souvent déclaré mort, il semble capable de ressusciter à volonté, et on le suspecte d’avoir conclu un pacte avec le diable. Le destin de Masquerouge est étroitement lié à celui de la famille de Troïl et c’est la jeune baronne Ariane de Troïl qui continue de porter le flambeau du justicier qu’elle admirait tant pendant son enfance.

Surprise: l’héroïne n’est pas morte

Depuis 1995, avec „La folle et l’assassin“, le premier tome de la nouvelle série „Plume aux vents“ (Glénat), Cothias et Juillard envoient Ariane à la recherche de son père dans les colonies. Nous la retrouvons en 1626 au Québec de Champlain, accompagnée de Taillefer, un tueur à gages qui tente de confronter une dernière fois le „Chevalier Condor“ dans un duel.

Le sort des suites

Le troisième tome de „Plume aux vents“, „Beau-Ténébreux“, vient de paraître. En parfaite „superfemme“ et protoféministe, à la fois sexy, intelligente, courageuse et munie d’idées très avancées pour le 17e siècle, Ariane apprend les langues des Indiens et comprend et adopte leurs moeurs tout en gardant son intégrité face au machisme et à la cruauté. En tant qu’Indienne honoraire, elle devient d’abord „Lionne des montagnes“, puis „Pluie aux vents“. Elle est convoitée par certains guerriers, prise comme esclave par d’autres, tantôt protégée, tantôt recherchée par plus ou moins le Canada entier.

L’amateur de la série originale ne devrait pas se laisser emporter par la nostalgie, car „Plume aux vents“ présente beaucoup de côtés positifs. Comme toujours, les deux auteurs ont fait leurs recherches pour donner à leur récit une authenticité historique hors du commun. Les dessins de Juillard sont toujours aussi époustouflants et l’on ne peut être que fasciné par le caractère d’Ariane. Ceci dit, cette bande dessinée sans fin laisse entrevoir une certaine lassitude et confusion. En voulant faire subir à leur héroïne tout ce qui est possible pour un (sur)humain presque postmoderne, les auteurs perdent en crédibilité. Il est très difficile de présenter les Indiens sans risquer les stéréotypes et même si Cothias s’efforce de ne pas tomber dans les vieux clichés, ses caractères n’arrivent pas à convaincre. Avec tous les éléments datant de „Les sept vies de l’épervier“ qui reviennent (l’épervier en question inclus), cette série manque de fraîcheur et de sincérité. On voudrait que Cothias et Juillard laissent Ariane se reposer, mais avec le retour au Canada de son ancien compagnon et amant (une autre série „Coeur brûlé“ lui fut déjà dédiée …), elle en est loin. De plus, dans le premier tome, on lui annonce en passant que son enfant est mort-né … nous parions que ce sera le nième Masquerouge à venir défendre les droits des lecteurs de bande dessinée déçus.

Jean-Marc Lantz


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