DAVID FINCHER: Un tueur dans la tête

Zodiac, le nouveau film de David Fincher, raconte à travers l’histoire d’une enquête jamais aboutie, à quel point un tueur en série peut être obsédant.

Non, le tueur n’est pas joignable en ce mom

Californie du Nord, il y a plus de trente ans. Deux jeunes amants cherchent un endroit à l’abri des regards. Un homme approche, sort une arme. Le garçon en réchappe, pas la fille. Même scène un peu plus tard au bord d’un lac Ù Le Zodiac est lancé.

David Fincher, réalisateur de „Panic Room“ et de „Fight Club“, revient sur un territoire qui avait fait sa gloire en 1995 avec „Seven“, son autre grand succès. Sa nouvelle réalisation s’avère être un compte-rendu assez dense d’une affaire qui avait fait sensation dans les années 60 et 70. Le tueur en série Zodiac n’a jamais été arrêté. Il est à l’origine d’une série de meurtres horrifiants, utilisant différentes armes et allant jusqu’à revendiquer le fait d’être l’auteur de meurtres qu’il n’a pas commis. Il est, pour les Etats-Unis, leur Jack l’Eventreur personnel.

Après ses meurtres, Zodiac envoie des lettres à la presse, notamment au San Francisco Chronicles, dans lesquelles il relate ses „exploits“ et ridiculise la police. En plus des détails concernant les crimes, l’auteur ajoute des messages codés et des instructions sur la manière de les publier. Tandis que deux inspecteurs, joués par Mark Ruffalo et Anthony Edwards, qu’on connaî t plutôt comme le docteur Green de la série „Urgences“, s’empêtrent dans une enquête sans fin, marquée par une querelle d’authenticité de preuve et d’indice, le journaliste illustrateur Robert Graysmith (Jake Gyllenhaal), côtoyé par Paul Avery (Robert Downey Jr.), se laisse engloutir dans l’enquête, jusqu’à en faire une obsession profonde.

Ainsi,on assiste au déchiffrage du premier code, qui fait référence à un film de 1932, „La chasse du comte Zaroff“, où un aristocrate décadent, réfugié sur une î le tropicale, organise des naufrages afin d’alimenter sa passion de chasse à l’homme. Les fils de l’enquête semblent se tisserÙ en vain, car les messages suivants, comme d’ailleurs aussi l’identité qui se cache derrière Zodiac, resteront un mystère pour les deux partis.

Fincher s’est inspiré du roman non fictionnel de Robert Graysmith , qu’il décline sur un fond morose et pessimiste, pour faire émerger deux piliers autour desquels tourne le scénario: le crime et l’obsession.

L’histoire avait déjà inspiré le scénario d’Inspecteur Harry avec Clint Eastwood, alors que l’enquête était toujours en cours. Dans cette nouvelle version, on s’intéresse principalement au personnage du jeune illustrateur, à tel point obsédé par le tueur qu’il va jusqu’à admettre de perdre son travail et sa famille pour aboutir au démasquage du Zodiac. Il finira par écrire deux romans Ù

„Zodiac“ serait pour David Fincher le film de la maturité. Dans le sens qu’il suffit de penser à la simplicité de Panic Room -l’amélioration est visible. Des comédiens charismatiques complètent ce scénario contraire au cliché d’une police scientifique omnipotente, comme on la connaî t des séries télévisées. Ici, le système policier s’enfonce dans un pétrin de plus en plus profond, frustré par un manque de coordination et de communication. Après de nombreux mois et de longues années, ce chaos les mènera à un tueur éventuel, qu’ils ne pourront jamais arrêter.

Le poids ne repose donc pas sur l’enquête policière, ce qui nous change un peu des thrillers classiques, mais sur le rôle de la presse, qui fait preuve de son double langage. D’un côté il s’agit de protéger la communauté du tueur, mais l’aubaine que représentent les messages du „Zodiac“ n’est pas négligeable non plus. De plus, la figure de Paul Avery, particulièrement bien jouée par Robert Downey Jr., a une énorme importance sociale en tant que grand reporter spécialisé en crimes et menacé lui-même par le tueur.

„Zodiac“ n’est pas vraiment l’histoire d’un tueur en série, mais plutôt de son incrustation dans l’imaginaire de ceux qui le chassent et le craignent. Dommage seulement que Fincher ne va pas au fond des choses et qu’on reste un peu trop à la surface. Il n’a pu se défaire que partiellement des codes hollywoodiens et Zodiac flirte encore un peu trop avec le film de divertissement. Mais enfin, c’est divertissantÙ

Zodiac, à l’Utopolis


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