FESTIVAL DE CANNES: Du nouveau à l’Est

En consacrant la palme d’or à un film roumain, le festival de Cannes a démontré qu’il était tout à fait apte à s’ouvrir aux nouvelles tendances.

Une des premières palmes d’or qui partira vers l’Est: Cristian Mungiu et sa trophée.
(photo : Thibaut Demeyer)

Alors que Cannes nous offrait une température quasi caniculaire, les salles de projection n’ont pas désempli durant les onze jours du Festival. Cette fréquentation des salles obscures n’a rien à voir avec une quelconque climatisation, mais est plutôt due à la qualité des films présentés en sélection officielle. La 60e édition du Festival de Cannes est donc à classer dans la catégorie grand cru. Quant à son palmarès, il est le reflet d’un jury et d’un président, Stephen Frears, qui a osé prendre ses responsabilités et qui a surtout tenu à rendre hommage au cinéma, à celui qu’il avait promis de défendre – comme il l’avait annoncé lors de la conférence de presse du jury en tout début de Festival. Ce n’était pas le premier président à donner ce genre d’information. Mais il est bien le seul à avoir tenu parole et à rejoindre ainsi les valeurs cinématographiques que le Festival de Cannes tend à défendre.

„4 mois, 3 semaines et 2 jours“ du roumain Cristian Mungiu, a été le second film présenté en compétition officielle. Durant tout le festival, ce film, qui raconte l’histoire d’une jeune fille qui, à l’époque de Ceaucescu, décide d’avorter clandestinement avec tous les risques que cela comporte, a servi de point de comparaison avec les autres. Et, malgré „No Country for Old Men“ des frères Coen, de l’excellent „Auf der Anderen Seite“ de Fatih Akin, de „Le Scaphandre et le Papillon“ de Julian Schnabel et de „Persepolis“ de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, il n’y a rien eu à faire, l’´uvre noire et déprimante de Cristian Mungiu était la plus forte parce que la plus profonde, la moins sophistiquée et la plus vraie.

En lui décernant la palme d’or, Cannes a confirmé sa volonté de s’ouvrir vers un autre cinéma, un cinéma qui, des années durant, n’a pas pu s’exprimer librement et qui a longtemps caché des réalisateurs de grand talent comme cette palme d’or du court-métrage décernée en 2004 à Catalin Mitulescu, puis la sélection d'“Un Certain Regard“ qui décerne son prix en 2005 à „La mort de Dante Lazarescu“ de Cristi Puiu, sans oublier l’année dernière, où la caméra d’or a été attribuée à „12h08 à l’est de Bucarest“ de Corneliu Porumboiu.

Nous l’avons dit, cette 60e édition a été un véritable bonheur au niveau de la sélection et ce, à quelques rares exceptions près. En dehors des salles de projection, la Croisette a aussi pu fêter les 60 ans de Cannes grâce notamment au mini concert événement de Bono, leader du groupe rock U2, sur les célèbres marches du Palais. Une façon bien originale de rendre hommage au documentaire en 3D, qui leur a été consacré. Puis, lorsque le couple le plus glamour d’Hollywood – j’ai nommé Angelina Jolie et Brad Pitt – sont venus présenter „A Mighty Heart“ de Michael Winterbottom, la Croisette a pris quelques degrés supplémentaires. Degrés que Leonardo Di Caprio, producteur du „11th hour“ a maintenu tant qu’il a pu et ce, jusqu’à l’arrivée de toute l’équipe de „Ocean’s 13“ avec George Clooney en tête. L’ambiance était telle qu’il a fallu affréter 280 gardes du corps rien que pour surveiller l’enceinte de l’hôtel Eden Rock du Cap d’Antibes et 682 gardes du corps venus en renfort pour leur simple déplacement sur la Croisette. Cannes c’est aussi cela : le cinéma au budget modeste (590.000 euros) comme „4 mois, 3 semaines et 2 jours“ et la démesure au service des stars.


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