Tribune Libre: Une courte chronologie et analyse des événements de la manifestation du 25 avril 2003.

Différents militants du Luxembourg s’étaient donné rendez-vous ce jour vers 11 heures 30 aux environs de la Place de Paris à Luxembourg Ville. Arrivés sur place on montait une banderole de „Déi Lènk – La Gauche“ déclarant notre solidarité avec les salariés d’Arcelor. Après quelques courtes discussions avec mes collègues, je me suis dirigé le long de l’avenue de la Liberté et de la rue Zithe pour étudier le dispositif de Police. Pendant cette promenade j’ai remarqué qu’à partir du carrefour rue Dicks toutes les entrées à l’avenue de la Liberté étaient barricadées (chevaux de frise, containers et policiers en tenue de combat). Les rues accédant au boulevard de la Pétrusse étaient remplies de fourgonnettes (une vingtaine), d’autopompes (au moins 4) et d’autres véhicules des forces de l’ordre. Il est très probable que du matériel et du personnel additionnel se trouvait hors de vue sur le boulevard de la Pétrusse. Je présume que le carrefour rue Dicks et boulevard de la Pétrusse était barricadé et gardé. La vue d’ensemble de ce dispositif donnait l’impression d’un camp retranché militaire et tout laissait à prévoir une intention de la part de la Police de provoquer un combat de rue.

Vers 12 heures 30 je retournais auprès de mes collègues à la place de Paris pour attendre l’arrivée du cortège des sidérurgistes Européens. La, j’ai aussi discuté pendant un cour moment avec un responsable de l’Inspection de Police (malheureusement je lui ai pas communiqué mes inquiétudes concernant le dispositif Policier et son effet probable sur la manifestation à venir). De cette rencontre je conclus qu’une certaine inquiétude règne au sein de cette institution concernant le comportement d’au moins quelques agents de Police au cours des différentes manifestations et interventions récentes.

Peu après, la tête du cortège commençait à s’engager dans l’avenue de la Liberté à partir de la Gare. Le cortège était divisé en groupes plus ou moins grands de syndicalistes des différents pays, dont les sidérurgistes de Liège au premier rang. Le service d’ordre syndical était où bien discret où inexistant. Etrangement, un commissaire de Police en civil se déplaçait aussi à la tête du cortège ce qui montre qu’il leur aurait été possible de diriger la manifestation vers le trajet logique (et je crois prévu) de la rue Zithe et du „Rousegaertchen“. Malheureusement ce mouvement ne semble pas avoir eu lieu (je me trouvais à une centaine de mètres des barricades à ce moment et ne peux témoigner des événements exacts) et le cortège dans son élan naturel s’est rué directement sous les barricades de Police. C’est à ce moment que les premiers jets de projectiles ont eu lieu en direction des rangs de policiers en tenue de combat. La Police a aussitôt „répliqué“ avec l’utilisation de deux autopompes et de grandes doses de spray à poivre (apparemment stocké dans des extincteurs de feu). Plusieurs manifestants ont du à ce point être transportés vers l’hôpital rue Zithe pour traitement de brûlures et autres blessures. Seulement quelques instants étaient passés depuis l’arrivée du cortège et un groupe battait déjà en retraite de peur d’être pris à parti par la Police. Apparemment les organisateurs syndicaux ont officiellement dissout la manifestation à ce moment, mais cet appel n’a jamais atteint la tête du cortège (aucun appel par mégaphone audible) qui essayait de se dégager des forces de l’ordre pour atteindre pacifiquement le „Rousegaertchen“.

Arrivés en face du château d’Arcelor, les syndicalistes trouvaient d’abord une situation plus détendue avec peu de policiers gardant les barbelés. Quelques manifestants jetaient encore des pétards, ufs et autres projectiles inoffensifs vers le bâtiment d’Arcelor. Mais l’ambiance était généralement bon enfant. Les deux douzaines de participants Luxembourgeois sur place remarquaient la présence plutôt caricaturale de trois policiers, jumelles aux yeux, guettant tout mouvement de foule à partir d’un immeuble (carrefour rues Zithe et Michel Rodange) en face du château d’Arcelor. En fait, il semble que des scènes similaires ont été observées tout le long du cortège. Un fichage majeure de bon nombre de participants de la manifestation est à craindre. Peu après notre arrivée au „Rousegaertchen“ le dispositif de police a été renforcé dans ce secteur. Dans ces moments un où plusieurs policiers ont sans raison apparente arrosé un grand groupe de manifestants de spray à poivre. A partir de ce moment la tension est de nouveau montée et bientôt trois autopompes sont venues rejoindre le contingent de police. Tout jet de projectile aussi petit et inoffensif qu’il ait été a à partir de ce moment conduit a une réplique disproportionnée des autopompes. Ainsi un „no man’s land“ de quinze a vingt mètres a été crée derrière les barbelés.

A 13 heures 30 exactement, un haut parleur de police annonçait que la manifestation était dissoute et demandait que les „bons citoyens“ regagnent leurs bus. A la suite de cette annonce plusieurs membres de notre délégation avançaient vers les barbelés et exigeaient la présence d’un responsable (apparemment aucun gradé était sur place où disponible) et essayaient d’engager un dialogue avec les forces de l’ordre. Pendant ce temps, une forte unité de police commençait à s’engager dans la rue Zithe de la direction du boulevard de la Pétrusse. Bientôt plusieurs douzaines de policiers, suivis d’une autopompe, de deux voitures lourdes blindées (type bulldozer) et de plusieurs fourgonnettes ouvraient la charge pour pousser les manifestants en direction de la place de Paris et de la Gare. Dans ces moments les policiers ont à plusieurs reprises essayés d’encercler et d’intimider de petits groupes de journalistes, d’observateurs et de manifestants. Au moins une arrestation a eu lieu au cours de cette charge.

Notre groupe ayant finalement atteint la place de Paris, nous avons encore été témoins de l’intervention musclée d’un groupe de policiers. Cinq jeunes de Belgique et d’Allemagne étaient assis paisiblement à la terrasse d’un café et ont été arrêtés brutalement et sans sommation. Le seul „crime“ commis par ces militants semble avoir été qu’ils ont vendu un journal anti-capitaliste tout au long de la marche de protestation. Serge Urbany, député de „Déi Lènk – La Gauche“, a vainement essayé d’intervenir auprès de la police pour obtenir la libération immédiate des jeunes activistes. De nombreux manifestants et passants se sont rassemblés sur les lieux pour s’informer des événements et après quelque temps ont commencé à scander spontanément „libérez les, libérez les“. Les forces de l’ordre n’ont répondu à aucune de ces requêtes et ont même refusé à Serge d’accompagner les prisonniers au poste de police le plus proche. A ce point, on a rassemblé notre matériel et s’est dispersé en abandonnant le quartier de la Gare aux longues colonnes motorisées de la police.

En conclusion, il faut de nouveau remarquer la tendance nouvelle de la part des autorités nationales d’avoir recours à la violence contre des manifestants pacifiques. Cette politique répressive semble avoir pour but l’intimidation des militants et la désolidarisation des différents syndicats et organisations. C’est notre responsabilité à nous tous de mettre en échec cette stratégie anti-démocratique. Il est intolérable que des manifestants paisibles sont agressés arbitrairement et qu’une force absolument disproportionnée est utilisée pour contrer les quelques agressions venant de manifestants. De même il est nécessaire de questionner l’emploi du spray à poivre (hors situation de légitime défense) et aussi son utilisation dans des projecteurs qui ne sont pas prévus à cet usage.

Pour ma part, je ne me laisserais intimider par quiconque et défendrais tous mes droits de citoyen.

Marc Burggraff


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