CLAUDE LELOUCH: Le retour en grâce

Un film mystérieux que Claude Lelouch vient de terminer: ni thriller américain, ni polar à la française – juste un film exceptionnel.

Mystère(s) et pas seulement au téléphone: Michèle Bernier dans „Roman de Gare“.

Avec „Roman de Gare“, Claude Lelouch peut pousser un ouf de soulagement car ce film pas comme les autres, lui permet de signer un vrai retour en grâce. Il est vrai que „Ladies and Gentleman“ et ce qui devait être sa trilogie du genre humain (seuls „Les Parisiens“ et „Le Courage d’aimer“ sont sortis) n’avaient pas fait se bousculer les spectateurs aux guichets des salles obscures et encore moins enthousiasmés la critique. Habitué à des films chorales et aux histoires chassées croisées, Claude Lelouch commençait à pêcher un peu par orgueil et beaucoup par narcissisme tout en ne parvenant plus à renouveler „son“ cinéma.

Plus proche du cinéma populaire et de „L’aventure c’est l’aventure“ – dont le second opus verra le jour en 2008 – que du cinéma d’auteur, „Roman de Gare“ fascine rapidement le spectateur non pas pour son intrigue, qui tente vers la fin à s’essouffler tout en nous offrant un dénouement par téléphone, mais bien par son atmosphère mystérieuse et ses deux personnages centraux: Dominique Pinon alias le mystérieux personnage et Audrey Dana la midinette. Pour Dominique Pinon, „Roman de Gare“ est la chance de sa vie, car il est au centre du film et peut donc faire éclater au grand jour l’ampleur de son talent, démontrant son aisance de jeu et son charisme. Quant à Audrey Dana, elle tient la dragée haute à son partenaire, devenant par la logique des choses la véritable révélation du film. D’ailleurs, depuis la présentation du film au dernier Festival de Cannes, Audrey Dana croule sous les propositions de tournages qui fusent des quatre coins de l’Hexagone. C’est certain, un vent de César souffle à la fois sur Dominique Pinon et Audrey Dana qui viennent de rejoindre la grande famille du cinéma.

Par respect pour l’auteur mais aussi pour le spectateur, nous resterons très discret sur l’intrigue. Sachez toutefois que „Roman de Gare“ met en scène un écrivain très célèbre mais néanmoins imposteur, un tueur en série et pédophile de surcroî t qui vient de s’évader de prison, une midinette qui se fait larguer par son futur mari sur une aire de repos d’autoroute et enfin, un personnage mystérieux qui se dit à la fois professeur de lycée, nègre pour le compte de cet écrivain célèbre, peut-être le tueur en série que toute la France recherche et enfin, personnage manipulateur au grand coeur puisqu’il propose à cette jeune midinette de l’aider. Il est donc à lui tout seul le grand mystère de ce „Roman de Gare.“

Avec ce thriller, Claude Lelouch a fait peau neuve et a carrément trouvé une autre manière alternative de raconter une histoire policière. On l’a dit, l’intrigue s’effiloche rapidement et pourtant, le spectateur ne s’ennuie pas. Pourquoi? Tout simplement parce que les personnages bénéficient d’une écriture remarquable et au lieu de nous présenter une histoire alambiquée, Claude Lelouch réduit ses protagonistes et complique à volonté le facteur psychologique de ceux-ci à un point tel qu’il parvient à jeter le trouble et à semer le doute dans l’esprit du spectateur. Tout comme ses personnages principaux, Claude Lelouch a été subtil, agile et manipulateur. Le spectateur ne peut donc faire autrement que de laisser s’impliquer dans cette histoire aux multiples rebondissements. Il prend un véritable plaisir à nous balader d’une inconnue à une autre, d’une certitude à un doute, d’une accusation à un acquittement, d’un désespoir à un espoir, de la mort à la vie.

Durant tout le tournage, Claude Lelouch se faisait passer pour le producteur du film signé par un jeune réalisateur totalement inconnu appelé Hervé Picard. Aujourd’hui, on pourrait se poser réellement la question de savoir si c’est bien Claude Lelouch le véritable metteur en scène. En effet, si la griffe Lelouch est bien ancrée dans tous ses films précédents, „Roman de Gare“ ne laisse transparaî tre aucun signe du réalisateur qui a toujours réussi à rebondir lors des moments critiques de sa carrière. „Roman de Gare“ en est le parfait exemple !

Roman de Gare, à l’Utopia


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