NIMROD ANTAL: Big Norman is watching you

Dans „Vacancy“, Nimrod Antal reprend les thèmes du maî tre Hitchcock, mais finit par decevoir par son manque d’audace.

Il aurait fallu faire confiance au Guide Michelin pour bien choisir son hotel … maintenant, c’est un peu tard.

Parfois il suffit d’une histoire simple pour faire quelque chose de grandiose. C’est ce qu’on se dit en lisant le synopsis de „Vacancy“: un couple, une route de campagne, une panne de voiture et un hôtel très particulier, voire louche. On sait exactement où le metteur en scène veut en venir. Tout se déclenche vraiment au moment où le couple ferme la porte de la chambre derrière soi. L’horreur peut commencer.

Mais d’abord, revenons au hors-champ. Le motel perdu dans la campagne est depuis „Psycho“ de Hitchcock le lieu par excellence de l’horreur américain. Et le tenancier du Pinewood Motel dans „Vacancy“ a tout d’un Norman Bates. C’est un personnage en dehors du temps, qui essaie de reconstituer une entité spatio-temporelle révolue – ironiquement les années 50 – et dont on sait dès le premier plan qu’il cache quelque chose de très perturbant. Le couple aussi a tout du classique: deux Américains stressés, même sur-stressés et drogués – Prozac pour Madame, amphétamines pour Monsieur – , au bord du divorce et fuyant Los Angeles et Hollywood ainsi que la perte accidentelle de leur enfant. Leurs dialogues dérivent tout le temps vers des monologues ou des tirades sarcastiques. Décidément, ces deux-là n’ont absolument plus rien à se dire. Ce n’est qu’une fois en situation de vie ou de mort que la communication entre les deux reprend, même si elle se limite cette fois à des „I love you“ ou des „We gotta make this together“.

Quel intérêt Nimrod Antal avait-il à reprendre cette vieille recette dans laquelle le mal absolu – le tenancier du motel et ses acolytes pervers – confronte l’innocence? Une telle situation peut donner lieu à des montages et effets intéressants et artistiques, mais était-il indispensable de revisiter le Bates Motel? L’entreprise présente des résultats plutôt réussis – dans la première partie du film en tout cas.

Déjà, la chambre dans laquelle le couple finit par s’installer est moins une chambre à coucher qu’une véritable scène. Extérieurement, elle est tout à fait glauque et tenue dans le style des années 50 – et la dernière femme de ménage doit être passée par là vers le début des années 60.

Mais tout cela cache une machinerie perfide: des caméras filment la pièce sous tous les angles. Le Norman Bates du 21e siècle a sûrement vu et aimé les docu-soap du genre Big Brother. Et puis il a installé des trappes sous le tapis de la salle de bain et un petit clic suffit pour allumer ou éteindre toutes les lumières de la chambre. Les objets dispersés dans la pièce en rajoutent: de vieilles cassettes vidéo avec des snuff movies – des meurtres et des viols filmés en live. Et dès que le couple a compris que les films horrifiants qu’ils regardent ont été tournés exactement dans la pièce dans laquelle ils se trouvent, les tueurs commencent à frapper aux portes.

Bien sûr que cette fois, la bande perverse n’a aucune chance – puisqu’on est dans un autre film, sur grand écran cette fois et là, ce sont les bons qui gagnent. Hélas. Autre déception, les tueurs sont malheureusement sans nom, sans profil et totalement interchangeables. C’est d’ailleurs là une des principales faiblesses du film: le manque de profil des personnages, qui ont été délaissés au profit d’effets de mise en scène. Les tueurs qui massacrent des innocents autant pour assouvir leur soif de sang et de violences que pour le fric – le marché de snuff movies est, dit-on, un business florissant -, se cachent derrière des masques. Et le couple a tout d’une (més)alliance à l’américaine, médiocre malgré le chic un peu upper class qui l’entoure. En bref, „Vacancy“ est un film des chances ratées. On attend le prochain passage au Bates Motel.

Vacancy, à l’Utopolis


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