KULTURFABRIK: Leçons apprises

La Kulturfabrik – longtemps l’éternel enfant terrible du paysage culturel – renaît de ses cendres, grâce à 2007 et une programmation plus portée sur la création.

La Kulturfabrik n’est pas morte. Et mieux encore, elle ne mourra pas de si tôt. „Nous ne sommes plus forcés de survivre. Nous vivons, même si ce n’est pas sur un grand pied“, confirme son directeur Serge Basso. Et d’ajouter qu’il peut enfin verser des salaires dignes à son personnel tout en disposant d’une plus grande marge de manoeuvre dans la programmation. Pour la saison à venir – c’est-à-dire le prochain trimestre – celles et ceux qui iront voir ce qui se passe dans les anciens abattoirs d’Esch pourront y faire une chose avant tout: découvrir.

Car la maison reste fidèle à son image et ne fait toujours pas dans le mainstream. Par exemple la principale création théâtrale, qui s’appelle „Mansarde à Paris avec vue sur la mort“ – un projet 2007 en collaboration avec la Roumanie et la ville de Sibiu en particulier. Le personnage principal de cette pièce n’est autre que le philosophe nihiliste Emil Cioran – probablement l’habitant de Sibiu le plus connu dans le monde, même s’il a passé le gros de sa vie dans une mansarde parisienne. Cela dit, parler de Cioran n’est pas facile. D’abord comment aborder l’auteur de pamphlets fascistes qui était un supporteur du nazisme avant qu’il ne se tourne vers le bouddhisme et se proclame apolitique – ce qui lui a valu la haine d’une grande partie de l’intelligentsia parisienne surtout après sa mort survenue en 1995? Et puis comment faire partager le sens du négatif, de l’annihilation de la personne même à un public qui n’en est peut-être pas informé a priori? Pour ce faire, la Kulturfabrik met ensemble une équipe roumano-luxembourgeoise et pas n’importe laquelle. Avec Radu Afrim à la mise en scène ils ont dégotté un des noms à venir de la scène roumaine. Et puis la création de Matéi Visniec n’a jamais été montrée. La pièce relate les derniers jours du philosophe, esseulé, misanthrope et retranché dans sa mansarde parisienne du 6e arrondissement et ses pensées sur le destin des Roumains. Celles et ceux qui voudront en savoir plus pourront aussi voir la conférence de Matéi Visniec qu’il donnera au Ratelach le 22 octobre. Parmi les Luxembourgeois-e-s on peut trouver les acteurs Luc Schiltz et Marja-Leena Juncker ainsi que Jérôme Netgen comme assistant à la mise en scène.

Sinon, la Roumanie sera encore à l’honneur pendant le festival du film roumain qui se déroulera du premier au 15 décembre et où l’on pourra découvrir des films quasi inconnus à côté d’autres que le monde vient de découvrir grâce au Festival de Cannes de cette année où les metteurs en scène et producteurs roumains ont raflé la mise. Et puis d’autres projets encore comme des expositions et des concerts renforceront les liens tissés entre le Luxembourg et la Roumanie au cours de cette année 2007.

Mais qu’adviendra-t-il de ces liens après 2007? „Je ne pourrais vous le dire qu’en début 2008“, affirme Basso. Même s’il ne veut pas se prononcer sur d’éventuels projets en commun avec la Roumanie, le futur de la Kulturfabrik appartiendra aussi à la création théâtrale. Et ne serait-ce que la rénovation du théâtre d’Esch ouvre des portes à de nombreuses nouvelles créations.

Point de vue musique aussi, la Kulturfabrik renoue avec sa programmation ambitieuse et hors des chemins battus. Ainsi le légendaire Mix Master Mike – le DJ des rappeurs planétaires Beastie Boys – sera la tête d’affiche lors du Sonic Faces Festival en début octobre. Sinon, la venue de Dillinger Escape Plan – une très grosse pointure dans le monde du métal expérimental – attirera plus d’un-e adepte. Mais finalement, la programmation semble s’orienter vers l’univers reggae-dub-ska. Comment expliquer autrement la venue de légendes comme „Le peuple de l’herbe“, „Zion Train“, Horace Andy ou encore „High Tone“?

Et puis celles et ceux qui veulent y aller plus mollo n’auront qu’à venir découvrir les concerts organisés pour eux, comme „La Macanita“ – légende du flamenco. En bref: la Kulturfabrik n’est vraiment pas morte, elle se porte plutôt très bien.

Plus d’infos sur: www.kulturfabrik.lu


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