SCOUTISME: Scouts toujours

« Scoutland » n’est pas un pays paisible où la jeunesse rit toujours, mais une exposition, mi-comique et mi-tragique, qui relate l’histoire du scoutisme luxembourgeois.

Pour pénétrer dans « Scoutland », on doit d’abord soulever un rideau pour entrer dans une petite pièce qui sent délibérément mauvais avec un matelas crasseux, des mégots par terre et des bouteilles de bières qui traînent dans les étalages. Les murs sont décorés de photos de personnes manifestement en état d’ébriété ou sous influence d’autres substances illicites. Non, cher visiteur, ce ne sont pas les photos-souvenirs du dernier campement dans un bois de l’Oesling, mais bien des illustrations de ce qui peut arriver à vos enfants si vous ne les inscrivez pas directement chez les boy-scouts ou guides du coin. Les photos proviennent d’ailleurs des archives d’une autre corporation uniformée : la police grand-ducale.

Drôle d’introduction tout de même – mais la suite peut étonner aussi bien. De la sombre chambre de la décadence juvénile, on s’avance dans de belles pièces lumineuses qui retracent l’histoire de Baden-Powell – général de l’armée britannique et fondateur du scoutisme – et illustrent même le culte dont il fait l’objet jusqu’à nos jours dans les cercles de scouts. Exposés dans de faux autels, ces reliques du fondateur, héros de l’Afrique du Sud où il remporta une bataille importante contre les Boers en utilisant justement de jeunes non-militaires comme relais, qu’il appela « scouts », témoignent d’un autre temps : celui où la vertu et le progrès allaient encore main dans la main, celui du positivisme du début 20e siècle.

Cette croyance quasi inébranlable est aussi le problème principal du scoutisme : celui de s’être arrêté dans le temps et d’être hermétique aux tendances extérieures. Avec son symbolisme et son langage codé, il fait plutôt figure d’une secte bizarre que d’un des piliers du travail avec la jeunesse.

Mais c’est aussi le point positif de cette expo : ne pas délaisser les points qui font mal, comme la perte de succès ou encore l’aspect corporatiste (la majorité des guides et scouts d’aujourd’hui proviennent de milieux aisés qui aiment se renvoyer l’ascenseur plus tard, dans la « vraie vie »). Ou comme le phénomène de dissidence parmi ceux dans leurs rangs qui ne supportent pas la dynamique, ni la hiérarchie stricte du groupe. On leur a même réservé un petit coin dans l’expo.


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