CULTURE INTERNET: De la joie d’être triste

La première lecture de bloggeurs – et bloggeuses – au Luxembourg va avoir lieu fin décembre. Le woxx a voulu savoir ce qu’il en était.

La mélancolie saura-t-elle lancer une nouvelle vague littéraire? Selon la vision d’Albrecht Dürer, elle semble bien flemmarde…

Comme toujours, notre petit pays a un sacré retard en ce qui concerne les dernières tendances artistiques et même le cerf bleu n’a pas su y remédier. Heureusement qu’il reste encore assez d’initiatives privées pour propulser notre pays vers le futur, ou du moins vers le présent.

D’abord, qu’est-ce qu’une lecture de blog ? A priori, ce sont des personnes qui ont un blog, c’est-à-dire une page internet personnalisée sur lesquels ils expriment leurs pensées, leurs essais, leurs tableaux ou encore leur musique et qui veulent échapper à l’anonymat de la toile. Pour cela, ils se donnent rendez-vous dans un lieu public – le d :qliq dans ce cas – et lisent leurs textes. Ce qui semble évident est en fait une transgression plus importante qu’elle ne le semble, car sortir du net implique aussi de laisser tomber son masque et faire face à un public qui n’attendra pas la fin de la prestation pour insérer un commentaire en bas du texte. Quiconque est déjà sorti déçu-e d’un blind date sur meetic, connaît un peu cette émotion.

Mais les lectures de blogs connaissent un succès grandissant chez nos voisins français, allemands et même au-delà. « Surtout en Allemagne, où ils attirent de plus en plus de monde », confirme Joël Adami, un des bloggeurs-lecteurs et l’organisateur de la soirée. C’est vrai que nos voisins d’outre-Rhin semblent beaucoup apprécier cet exercice. Pour preuve : cet automne, une lecture d’extraits du fameux Bildblog berlinois a attiré foules et caméras de télévision dans un bistrot de la capitale allemande. Peut-être était-ce dû aussi au fait que la lectrice – ancienne présentatrice sur la chaîne musicale MTV – était très connue, toujours est-il que les polémiques lancées par ce blog, qui s’occupe à rendre publics les mensonges du principal journal de boulevard allemand, justement le « Bild », ont fait jaser la communauté et pas seulement sur petit écran.

De plus, le phénomène de la lecture de blogs est un signe que l’usage d’Internet entre de plus en plus dans nos pratiques quotidiennes. Après le net 2.0 virtuel, il est peut-être temps de transposer tout cela dans la vie réelle, et de laisser s’enrichir sa vie réelle de rencontres qu’on a faites sur le net. Et honnêtement, même si des risques persistent : il n’y a pas que des pédophiles et autres pervers sur la toile.

Internet réel

Mais organiser une lecture publique et en plus la première lecture de blogs peut être beau, toujours faut-il un concept pour englober le tout. Et le thème choisi par nos pionniers est « Les jeunes mélancoliques ». Pourquoi tant de tristesse ? « Ce n’est pas parce nous sommes tous des maniaco-dépressifs », rassure Joël Adami, « il s’agit plutôt d’une émotion commune à nos textes, une sorte de couleur de fond. Mais il est absolument clair que nous ne nous inscrivons pas dans la vague `emo‘ qui ravage notre paysage musical. Nos textes sont honnêtes, on y donne ce qu’on est et ce qu’on pense ».

La première lecture de blog au Luxembourg se déroulera donc sous l’étoile de Saturne. Du moins c’est original et démarque déjà cette initiative d’autres tendances de la scène internationale, qui souvent tapent dans le politique plutôt que dans le poétique. « Nos textes sont souvent lyriques », explique-t-il, « et s’il y a du politique dedans, il s’agit plutôt de politique culturelle ».

S’agirait-il donc d’une sorte de poetry slam masqué ? « Non », réplique Joël Adami « pour plusieurs raisons : premièrement ce sont des textes longs et non des poèmes et puis ils ont tous déjà été publiés sur nos sites respectifs. Je rajouterai encore qu’il ne s’agit pas d’une compétition où le public choisit le meilleur lecteur ».

Pas de compétition donc pour cette première édition, mais des textes choisis sur trois blogs : celui de Joël Adami (www.joeladami.net), de Thierry (www.sadautumn.com) et puis celui de Sara (http://sara.lesjeunesmelancoliques.org). Les trois se connaissent déjà virtuellement et personnellement depuis des années, et entretiennent leurs blogs avec amour. Mais ce n’est que début 2007 que l’idée a germé de réunir leurs blogs sous le dénominateur des « jeunes mélancoliques ». Et – l’un entraînant l’autre – ils se sont mis à la recherche d’autres possibilités de s’exprimer et de se regrouper. Car « Les jeunes mélancoliques » ce n’est pas seulement – dans l’entendement de ses créateurs – une vague alliance entre tenan-t-e-s de blogs, mais carrément un nouveau mouvement littéraire. Nouveau déjà pour la forme, qui sait se passer de toute maison d’édition et des contraintes commerciales qui y sont liées. Et puis pour le contenu. Même si la mélancolie est déjà inscrite dans pas mal de mouvements littéraires depuis le 19e siècle – c’est le « père du romantisme », Victor Hugo, qui lâcha le célèbre bon mot « La mélancolie, c’est la joie d’être triste » – nos internautes littéraires locaux l’entendent d’une autre oreille. « La mélancolie que nous ressentons vient plutôt d’une prise de conscience commune. Celle de se rendre compte que nous vivons tous dans un monde qui fait plus de progrès techniques que sociaux », explicite-t-il.

Et ce n’est pas tout : dans un souci d’ouverture, « Les jeunes mélancoliques » lanceront en début 2008 la page www.lesjeunesmelancoliques.org, qui sera une sorte de forum sur lequel tout-e intéressé-e peut publier non seulement ses textes, mais aussi ses peintures, podcasts ou vidéos. Un début prometteur donc pour ce qui pourrait bien être le premier mouvement littéraire lancé depuis le Luxembourg. Qui sait ?


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