PEINTURE: Haut en couleurs

« Out of Storage », la nouvelle exposition temporaire du Mudam démontre que la peinture a encore un avenir.

Il est vrai que les expositions de peintures « simples » sont devenues une denrée rare et qu’il était même à craindre que cette discipline ne fasse plus sortir un chat dehors, tant le marché de l’art a été submergé par d’autres disciplines et matériaux ces dernières décennies. Mais le Mudam montre que l’art vidéo, les performances et installations n’auront finalement pas eu raison de cette première façon de s’exprimer artistiquement.

L’exposition semble poursuivre deux buts distincts : être le contrepoint de l’exposition de Frédéric Prat – dont les peintures monumentales décorent toute une salle au premier étage du Mudam – et de montrer en même temps qu’il y a une certaine unité dans les tendances de la peinture contemporaine. En effet, vous ne trouverez ni des tableaux en noir et blanc, ni de petite taille. Les douze toiles de la douzaine d’artistes choisis par Marie-Claude Beaud et Clément Minighetti explosent aux yeux du visiteur tellement les couleurs sont criantes.

Mais là où les tableaux de Prat ennuient – en fait, on a vite fait le tour de la salle, le procédé consistant de traits de couleurs acryliques sur fonds monochromes – les autres artistes peuvent se targuer d’aller plus loin que la seule recherche esthétique, car certain-e-s d’entre eux proposent des contenus qui vont au-delà du seul plaisir oculaire. Parmi ceux-là, le jeune texan Rosson Crow, dont le tableau « Girl Happy » montre un paysage vintage à l’américaine des années 60, défiguré par des fissures, qui ne détruisent pas seulement l’atmosphère mais brouillent aussi les repères spatiaux du visiteur. L’american dream en tant que cauchemar – l’idée n’est pas très nouvelle, mais on l’aura rarement vue de façon si intense, directe et surtout dans un seul tableau. Autre exemple de « peinture fantomatique » : Fiona Rae, de Hong-Kong, et son tableau « Evil Dead2 ». Ici, il semble que les couches de peinture successives se vampirisent les unes les autres. En regardant de près – ou de loin, cela dépend – on peut reconnaître une figure primitive à l’arrière-plan, qui est mangée par des traits multicolores. Le tableau, qui d’ailleurs a même déjà fait la une d’une face « agenda » du woxx, devient par le biais de ce jeu de contrastes une composition qui effectivement fait froid dans le dos.

Mais la surprise – du moins pour le visiteur luxembourgeois – est qu’il y a un compatriote parmi ces coryphées de la peinture contemporaine et qu’il s’intègre parfaitement dans leur milieu. Que son nom soit Michel Majerus, n’étonne guère, le jeune peintre tragiquement disparu il y a six ans a déjà été la vedette d’une exposition personnelle en 2007. Son style post-pop-art griffonné fait de son tableau nommé « Halbzeit » une ?uvre à la limite du décoratif et du philosophique.

En tout, une exposition de grande qualité, en plus d’une bonne occasion de voir des ?uvres de la collection du Mudam et peut-être une des dernières occasions de voir une exposition curée par Marie-Claude Beaud que le conseil d’administration du Mudam vient de lâcher? lâchement.


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