DROITE: Marque nationale

Machisme, identité nationale : petit à petit, l’ADR s’affirme comme le parti à droite de la droite, « made in Luxembourg ».

Y a-t-il un parti d’extrême droite au Luxembourg ? La dernière formation politique que l’on pouvait classer aisément dans cette catégorie, la « National Bewegung » a disparu peu après son échec électoral de 1994. Et c’est tant mieux. Mais voilà : la politique a horreur du vide. Et il serait illusoire de croire que le Luxembourg ferait exception à une époque où dans presque tous les Etats européens, de telles formations enregistrent des succès plus ou moins importants.

L’extrême droite n’est pas un bloc homogène et s’est toujours adaptée – si elle espérait acquérir un minimum de poids politique – aux diverses situations nationales ou régionales. De nos jours, la difficulté d’analyse du phénomène réside dans les images d’Epinal d’antan : par extrême droite, on entend souvent des milices qui marchent au pas, antisémitisme ou racisme, programme ouvertement antidémocratique. De telles formations « puristes » existent encore, comme les phalangistes espagnols, mais leur rôle politique reste marginal. Si elle veut peser, l’extrême droite doit se « moderniser » et prendre en compte que certains acquis libéraux ont bien été intégrés par les populations.

Aux Pays-Bas, par exemple, l’extrême droite est partie en croisade contre l’islam au nom de la protection du libéralisme batave ! Alors que l’homophobie et le machisme font traditionnellement partie ce courant de pensée, l’extrême droite hollandaise combat l’islam au prétexte de protéger les libertés accordées aux gays et aux femmes. En France, le Front national réunit ennemis et déçus du gaullisme, antisémites et pieds-noirs séfarades anti-arabes. L’extrême droite du 21e siècle est moins idéologique que protéiforme et opportuniste.

L’ADR est, dans ce sens, le prototype luxembourgeois d’une refondation à droite de la droite. Non, l’ADR ne porte pas de revendications antidémocratiques, ni même antiparlementaires. Mais depuis sa mutation, il a compris où se trouvait le filon. Dans sa prise de position, cette semaine, au sujet du projet de loi sur la double nationalité, il l’a prouvé. Maintenant que Luc Frieden a relégué les expulsions à son collègue socialiste Nicolas Schmit et qu’il met en oeuvre ce projet de loi, l’ADR peut combler un vide à droite que le CSV remplissait. Lors de son dernier congrès, il a même repris un slogan emprunté au défunt parti de Peters: « En Häerz fir Lëtzebuerg ». Le succès de la pétition en faveur du « Roude Léiw » était symptomatique de ce sentiment diffus de perte d’identité nationale d’un pays minuscule au bien-être matériel fragile et a certainement fait office de thermomètre sociétal aux stratèges de l’ADR.

Aussi, l’alliance électorale de l’ADR avec l’Association des hommes du Luxembourg, dirigée par un machiste réactionnaire, renforce le tournant droitier du parti. Celles et ceux qui avaient tiré des conclusions trop hâtives lors des dernières élections où l’ADR avait perdu deux sièges (mais de justesse), doivent revoir leur copie : le parti n’est pas moribond, malgré quelques crises. En laissant tomber le thème des retraites et, par analogie, celui de la fonction publique, l’ADR a opéré un tournant stratégique très habile, car une bonne partie de son électorat potentiel est luxembourgeois et fonctionnaire (voir woxx 843). La droite dure se fabrique au Luxembourg, avec ses spécificités nationales. Lentement, certes. Mais sûrement.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.