SELMA HADROVIC-SCHAULS: Aidez-moi, j’ai un accent

Après « Sevdah de luxe », Selma Hadrovic-Schauls, née à Mostar en 1962, présente son nouveau travail : le CD « Aidez-moi, j’ai un accent ». Le lancement a eu lieu par des concerts à la Philharmonie et dans le cadre du 1er mai à Neumünster.

woxx : Depuis « Sevdah de luxe » en avril 2002 (1) jusqu’à « Aidez-moi, j’ai un accent », qu’est-ce qui a changé en vous ? Quelle est l’évolution depuis le travail précédant ?

Selma Hadrovic-Schauls : En 2002, suite au démembrement de l’ex-Yougoslavie, j’ai voulu présenter mon histoire en chantant comme je le faisais avec les amis de mon pays, pour soulager la douleur et garder les souvenirs. Tout tournait autour de ma ville natale, Mostar. C’était donc un travail basé spécialement sur la musique traditionnelle bosniaque. Avec mes arrangements j’ai enrichi des mélodies et des poèmes déjà existants. Nous étions deux Selma : Selma Cimic et moi. En 2008, je me sens mieux et plus libre qu’en 2002. Je suis moi-même, je montre ma propre recherche d’identité. J’ai écrit une bonne partie des textes, composé la musique de toutes les chansons et fait les arrangements. C’est un recueil. En fait, la plus ancienne a vingt ans et la plus récente, trois mois. J’ai également choisi des poèmes de trois poètes luxembourgeois, Auguste Liesch, Pol Pütz et René Kartheiser, que j’ai découverts dans le livre « Les Luxembourgeois par eux-mêmes », de Jul Christophory. Or, je paniquais à l’idée de ne pas bien chanter en luxembourgeois, de ne pas bien me faire comprendre. Et, suite à une nuit d’insomnie, la chanson « aidez-moi, j’ai un accent » est née !

Quel rapport avez-vous avec les langues au Luxembourg ?

Quand je suis arrivée au Luxembourg, j’étais étonnée de constater le grand nombre de langues qu’on y parlait. Et je pensais que je ne parviendrais jamais à m’en sortir. Avec mon mari on a communiqué longtemps en anglais, puis j’ai appris le français et finalement le luxembourgeois. Avec les enfants, Roby parle luxembourgeois, moi, bosniaque et Roby et moi anglais ou luxembourgeois.

Pourquoi ce titre ?

J’ai choisi le titre de la chanson qui fait référence aux langues. Dans le CD et au concert on entend cinq langues, dont quatre connues – luxembourgeois, bosniaque, anglais et français – que je parle quotidiennement, et une inventée, dans la chanson « B Invention », conçue pour trois voix : celles de Selma Cimic, de Raquel Barreira et la mienne.

Comment avez-vous choisi ces langues ?

Le choix de la langue s’est fait naturellement, selon le sujet. Il y a des chansons qui parlent des demandeurs d’asile, du temps, de la mélancolie joyeuse – en français – une dédiée à Roby – en anglais. J’ai écrit en bosniaque une chanson sur la reconstruction du vieux pont de Mostar. Et j’ai aussi choisi un texte d’un poète de Mostar, Aleksa Santi.

Comme en 2002, vous êtes bien entourée…

J’ai une équipe composée d’amies et d’amis musicien-ne-s. Mon premier associé a été Rob Schauls, avec lequel j’ai préparé le projet. Ultérieurement, il l’a enregistré au studio Musikand. Sérgio Rodrigues a été le premier musicien à l’écouter et à s’engager à me soutenir. Sur scène nous sommes quinze amis musiciens, ceux et celles du CD plus trois invités : Emira Zjakic, Antiga Sultanova, et Suleiman Lihic.

Après 21 ans au Luxembourg, votre accent reste-il si important que ça ?

Il est important, mais il ne me gêne plus. Le problème est plutôt que, lorsqu’on parle tellement de langues, on a l’impression de ne pouvoir approfondir la maîtrise d’aucune d’elles. Et comme souvent ici, on « pique » de l’une et de l’autre, et à la fin on les néglige un peu toutes.

(1) Voir interview dans le woxx nº 697


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