EUROPE: Une fête pour le peuple. Sans le peuple.

Le 9 mai, l’Europe se fête. Ses citoyen-ne-s attendent du social et de la démocratie. Ses dirigeants leur fournissent du pain et des jeux.

Presque personne ne le sait, mais cela se passe aujourd’hui. Ce 9 mai, l’Union européenne célèbre sa propre fête, la « Fête de l’Europe », en mémoire du discours prononcé par Robert Schuman le 9 mai 1950, dans lequel il appelait certains pays européens à former la future Communauté européenne du charbon et de l’acier (Ceca). Cela fait maintenant quelques années que le Luxembourg fête cette journée, avec le traditionnel découpage d’un gâteau en présence des eurodéputé-e-s. Cette année, la fête européenne est dédiée à la « diversité des cultures ». Cette fête encore assez méconnue (elle n’est pas fériée), devrait contribuer, selon les dires du ministre Nicolas Schmit lors de la conférence de presse de présentation, à « consolider l’idée européenne ».

Loin de nous toute idée de rejeter le principe même de l’intégration européenne, au contraire. Mais cette célébration et les déclarations officielles qui l’accompagnent confirment notre conviction que les dirigeant-e-s européen-ne-s sont en décalage par rapport à la perception que se fait le « peuple » européen, du moins une bonne partie, de l’Union.

Au mieux, on aurait pensé qu’après les secousses post-référendaires en France et aux Pays-Bas, mais également au Luxembourg, malgré la victoire du « oui », l’UE aurait infléchi ses politiques économiques et sociales. Mais non. L’UE se borne à faire un effort considérable en matière de communication avec les « citoyens », afin de les « rapprocher » de l’Europe.

L’Europe est très loin en effet de ses citoyens. Ce ne sont pas quelques sites internet et des fêtes de rues dégoulinantes de bons sentiments valorisant la « diversité culturelle » qui vont y remédier. Une grande partie des citoyens est échaudée par la réalité : une Europe gouvernée de manière technocratique, opaque et imposant ses dogmes libéraux par un mécanisme complexe de textes et de jurisprudences. Et que, lors de moments politiques comme les référendums au sujet de la constitution, les citoyen-ne-s débattent librement et mettent en cause certaines politiques économiques et sociales – libérales – de l’Europe (et non pas le projet européen en soi), ils et elles sont ignoré-e-s, les gouvernants préférant attendre que « ça leur passe » pour récidiver à la première occasion.

Le coup qui est en train d’être perpétré avec le Traité de Lisbonne en témoigne. A la journaliste qui demandait si l’Europe n’avait pas besoin d’un « bousculement » comme le pratiquait en son temps Schuman, Schmit répondit que cette méthode n’aurait dernièrement pas toujours porté les fruits escomptés. C’est vrai. Car à force de vouloir faire avancer coûte que coûte l’intégration européenne sans y intégrer démocratiquement les citoyen-ne-s et leurs attentes, il n’est pas étonnant que le 9 mai reste une fête discrète. Alors, les eurodéputé-e-s, ministres et autres commissaires pourront manger leur gâteau européen entre eux.


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