BENOIT XVI ET L’ISLAM: Tempête dans un bénitier

Après les caricatures, le pape. Encore une fois les véritables questions s’effacent derrière le buzz médatique.

La rétractation de Benoî t XVI aura du moins eu un effet secondaire plutôt remarquable: il a mis d’accord Mahmoud Ahmadinejad et George W. Bush. Le président iranien, à la surprise de tous, a déclaré que l'“Iran respecte le pape“. Son opposant américain a vu dans les mots de Benoî t XVI une contribution importante dans la guerre contre le terrorisme. En tant que spectateur on peut se demander à quoi servent de telles déclarations. Si le soutien de Bush au pape ne surprend guère, il faut tout de même noter que son prédécesseur démocrate Bill Clinton a violemment attaqué les propos pontificaux. Le fait qu’Ahmadinejad se mette derrière le pape tient surtout de la manoeuvre politique habile – mettre le parti adverse dans la perplexité – tandis que la réaction de Bush semble tenir aussi bien du calcul politique. Et en plus ça marche: pour la première fois depuis des mois, le président américain a grimpé dans les sondages.

Mais que s’est-il passé au juste? Cette fois, c’était une citation hors contexte qui a mis encore une fois le feu aux poudres dans le monde arabe, témoignant à nouveau de la taille du fossé qui sépare Occident et Orient, et du sentiment d’incompréhension et de haine que ce dernier croit percevoir dans les moindres gestes suspects provenant de l’Ouest.

Benoî t XVI a voulu contribuer au dialogue des cultures, ce qui en somme est une bonne chose. Etant donné que la relation entre religion et violence semble malheureusement devenir une question centrale de ce début de millénaire, le pape a choisi d’illustrer son discours par une citation d’un empereur byzanthin qui en effet condamne l’islam pour vouloir proférer sa religion par l’épée. D’ailleurs la phrase suivante prononcée par le pape contient déjà une distanciation. Il y décrit les paroles de l’empereur byzantin comme étant rudes et explique qu’il était nécessaire de les dire pour mieux illustrer son propos. Il n’était donc en toute logique pas nécessaire de surenchérir en lui demandant des excuses.

On l’a vu avec l’affaire des caricatures, qui fonctionnait selon le même mécanisme médiatique, tout le monde profite de ce buzz: aussi bien ceux qui en appellent à décapiter le pape que ceux qui n’ont que lui en tête demandent leur part. Le contenu du discours de Benoî t XVI s’efface derrière cette tempête. Dommage? Pas forcément. Car, comme le dit la Bible: „Que celui qui est sans faute jette la première pierre“. Et l’église catholique elle-même ne fait pas figure d’ange. La relation entre religion et violence est profonde aussi pour la chrétienté, et par les temps qui courent, on a trop souvent tendance à éluder cette vérité. Du massacre de peuples indigènes entiers, en passant par la collaboration entre certains évêques avec le régime nazi, jusqu’à la guerre contre la terreur au nom de dieu, les Chrétiens – catholiques ou non – ont toujours très bien su se défendre. Evidemment, depuis Jean-Paul II, une pluie d’excuses solennelles s’est abattue sur le monde. Mais le dicton „Qui s’excuse, s’accuse“, a-t-il fonctionné? On peut se le demander face au manque d’autocritique de l’église en général. Par exemple demander le pardon aux Juifs pour la collaboration et l’antisémitisme catholique et canoniser en même temps le fondateur de l’Opus Dei – une institution sur laquelle le régime fasciste espagnol a toujours pu compter. Ces deux gestes ne relèvent pas vraiment d’une grande conséquence dans les actes. Il en est de même pour tous ceux qui se jettent dans cette nouvelle bataille médiatique.


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