PRESIDENTIELLES FRANÇAISES: Candidatures uniques

Ce week-end, la gauche de la gauche française se réunit une fois de plus pour désigner le ou la candidat-e unique aux élections présidentielles de 2007. Mais les jeux d’appareils de certains partis compliquent un processus déjà difficile.

Après les mobilisations contre la réforme des retraites du gouvernement Raffarin, après le non au référendum du traité constitutionnel européen, après les révoltes dans les banlieues et la lutte victorieuse contre le CPE, il serait logique que les aspirations à un changement social d’une grande partie de la population française se voient traduites en articulation politique lors de l’élection présidentielle de 2007. D’autant plus qu’avec la désignation de Ségolène Royal comme candidate à l’Elysée, le parti socialiste a opéré un profond revirement droitier. Une candidature unique clairement à gauche s’impose donc.

Ce week-end, les collectifs antilibéraux, issus des collectifs locaux opposés à la constitution européenne, tenteront à nouveau, comme la semaine précédente, de se mettre d’accord sur le nom qui figurera sur le bulletin de vote. Et tout comme la semaine précédente, les chances sont grandes qu’une fois de plus ils ne parviennent pas à s’entendre, et ce en grande partie à cause de l’attitude de la majorité de deux appareils politiques: le parti communiste français (PCF) et la ligue communiste révolutionnaire (LCR).

La direction de cette dernière, qui a lancé Olivier Besancenot dans sa seconde campagne, se dit favorable à une candidature unique de la gauche de la gauche. A une condition: que le PCF s’engage à ne pas renouveler son alliance avec les socialistes aux législatives qui suivront l’élection du chef de l’Etat. Ne pas décevoir après les présidentielles, telle était, en substance, la thèse formulée par Daniel Bensaï d, philosophe et membre du bureau politique de la LCR, dans le quotidien Libération. Elle faisait écho à l’appel de Michel Onfray, autre philosophe „nietzschéen de gauche“ et libertaire, en faveur d’une candidature unique, lancé quelques jours plus tôt dans les pages du même journal. A ses yeux, c’est justement l’éparpillement de candidatures qui décevrait l’électorat de gauche.

Bensaï d n’a certainement pas tort lorsqu’il exige d’une candidature unique une plus grande clarté politique et stratégique. Mais ce positionnement risque d’étouffer dans l’oeuf une dynamique unitaire qui germe en France depuis plus d’un an. D’ailleurs, la minorité au sein de la LCR accuse sa direction de pratiquer une surenchère dont le seul but serait de faire capoter le projet sans devoir en porter le chapeau.

Le PCF est lui aussi pris entre sa raison d’appareil et sa volonté de faire aboutir une dynamique unitaire. Certes, Marie-Georges Buffet, la secrétaire nationale du parti, a obtenu la majorité des voix auprès des militant-e-s des collectifs le week-end passé. Mais il est évident qu’une dynamique si hétérogène, comprenant des militant-e-s d’horizons très divers, ne peut accepter de se laisser représenter par un-e dirigeant-e de parti, quel qu’il ou elle soit. A partir du moment où une formation politique instrumentalise un mouvement unitaire pour remédier à sa propre déchéance, en voulant imposer sa volonté, l’échec est programmé d’avance. On aurait attendu un peu plus de perspicacité de la part de l’ancienne ministre de Jospin. Il ne s’agit pas pour les sans-partis d’exclure par principe des proches du PCF. On le voit avec l’adjointe au maire de Paris, Clémentine Autain (apparentée PCF) et le député Patrick Braouzec, autre „candidat unique“ et membre du parti tout comme Buffet. Et José Bové reste lui aussi une option. Ce n’est pas comme s’il n’y avait pas le choix.

De toute façon, les divergences politiques au sein même du rassemblement antilibéral fournissent assez d’arguments de divisions pour que des partis enveniment ce difficile processus par des manipulations sectaires. Parce qu’elle est une des plus vivantes et diverses d’Europe, la gauche de la gauche française mérite bien mieux que des guerres de boutiquiers.


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