DEMOCRATIE: Pétitionnite

Une maladie étrange traverse nos contrées: les Luxembourgeois-e-s seraient-ils engagé-e-s dans un renouveau de la démocratie directe?

C’est un des préjugés les plus usés sur notre pays, juste après la machine à laver l’argent sale: les Luxembourgeois-e-s seraient particulièrement amorphes et léthargiques en ce qui concerne la vie politique et surtout la participation active à la démocratie. Les faits parlent d’eux-mêmes: nous sommes une des dernières monarchies constitutionnelle de l’Europe, l’Eglise et l’Etat sont unis depuis toujours et le même parti conservateur gouverne presque sans interruption depuis bientôt 90 ans. Et en plus on nous oblige à aller voter.

Face à cela, le et la Luxo de base doit se poser la question: suis-je une limace apolitique?

Disons que l’histoire des consultations populaires au Luxembourg n’est pas glorieuse, en tout cas pour la classe au pouvoir, qui après le référendum perdu sur la fameuse „loi muselière“, a préféré délaisser cet outil de démocratie directe. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis, mais à l’exception notable de quelques mouvements apparentés soixante-huitards ou écolos, la participation citoyenne à la démocratie ne fait toujours pas partie de la culture politique luxembourgeoise.

En ces temps on a l’impression que ça bouge un peu plus. L’utilisation croissante d’internet a sûrement favorisé le phénomène que votre humble serviteur propose d’appeler „pétitionnite“. L’internet offre aux cyber-citoyen-ne-s – que nos gouvernants appellent de tous leurs voeux, ne serait-ce que pour faire baisser les frais administratifs – de nombreuses possibilités. D’un côté, ils ont un accès plus rapide et plus diversifié sur la vie politque du pays, de l’autre les pétitions sur le net ont le grand avantage d’être visibles par tous. Ce qui fait que les signataires peuvent ressentir une solidarité mutuelle en prenant exemple l’un sur l’autre. Autre effet nouveau: la possibilité de laisser des commentaires est de plus en plus utilisée par les signataires des pétitions en ligne. Ce n’est pas exclusivement pour donner ses raisons que les cyber-citoyen-ne-s laissent une petite phrase ou parfois tout un paragraphe, mais aussi pour entrer en dialogue avec leurs co-signataires. Ainsi le dialogue entre citoyen-ne-s a touvé un espace nouveau sur le world wide web.

Mais qu’en est-il de l’intérêt réel de ces cyber-pétitions? D’abord il faut rappeler qu’elle n’ont aucune force légale – les pétitions papier resteront probablement les seuls outils de démocratie citoyenne valables. Ce qui est assez compréhensible, vu les usurpations d’identité courantes sur le net. Ce qui n’empêche pas ces listes d’avoir une forte valeur symbolique. L’aspect le plus intéressant des pétitions est la relation entre le sujet et le nombre de signatures.

Et c’est en même temps l’aspect le plus décevant. Quelques chiffres pour comparer: la pétition pour libérer la journaliste kurde Zubeyde Ersöz a recueilli 471 signatures, celle qui demandait au gouvernement de changer la loi d’asile dans les 1.200 et celle qui voulait abroger la fameuse loi 5611: 1.305. Par contre, pour les pétitions lancées autour de thèmes plus proches du Luxo de base, les chiffres sont beaucoup plus élévés: celle qui veut surcharger nos drapeaux d’un lion rouge: 26.435 signatures, celle qui s’oppose à la loi sur les chiens, plus de 16.000. On pourrait en déduire que les Luxembourgeoi-e-s s’intéressent beaucoup plus à la couleur de leur drapeau ou à la liberté de leurs clebs qu’au chômage des jeunes ou aux droits des immigrants. A eux de démontrer le contraire à présent. En s’informant et en cliquant.


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