ETAT DE LA NATION: Adroite politique de droite

Le gouvernement mène une politique de droite, mais modérée. C’est ce que vient de confirmer la déclaration sur l’état de la nation du premier ministre et chef de file des chrétiens-sociaux.

La poursuite d’une politique „prudente“, c’est ce qui s’est trouvé au centre du discours qu’a tenu le premier ministre mercredi dernier devant la Chambre des député-e-s. Sous la pression des propositions du DP et de l’ADR de redistribuer une partie des recettes inattendues de l’Etat, Jean-Claude Juncker a d’abord détaillé le décalage entre une économie en croissance rapide – grâce au secteur financier – et un budget de l’Etat central toujours déficitaire. Ensuite, il a énuméré les nombreux domaines où un accroissement des dépenses publiques est indispensable à ses yeux: cela va de la garde des enfants à la protection du climat en passant par la mise en place de l’université.

On ne peut qu’approuver cet engagement en faveur d’un secteur public fort. Mais cet argument est utilisé par Juncker pour justifier le maintien de mesures antisociales comme la désindexation des allocations familiales. A juste titre, „déi Lénk“ dénonce le maintien des allègements au bénéfice du secteur privé décidés lors de la tripartite de 2006, alors que la conjoncture est à nouveau bonne. Et les Verts ont raison de faire la fine bouche sur les mesurettes de protection du climat et de réclamer une réforme fiscale écologique.

Jean-Claude Juncker n’est pas un écosocialiste. S’il s’amuse parfois à jouer au gauchiste, il n’oublie jamais qu’il doit sa position politique à un parti profondément ancré à droite. Ainsi, le pitoyable bilan en matière de politique du logement est aussi lié au souci de ne pas toucher aux intérêts des gros propriétaires. Et en 2005, Juncker a réussi à remporter le référendum européen au finish en jouant sur les réflexes identitaires des Luxembourgeois-es.

Pourtant, quelques jours après l’élection de Nicolas Sarkozy comme président français, il est intéressant de comparer le profil politique de celui-ci avec celui de Juncker. Le Français a fini par se positionner comme le candidat des patrons et du libéralisme économique. Son collègue luxembourgeois a par contre, lors de son discours, mis en avant le souci du social. Certes, il est un peu tard pour prendre conscience qu’au vu de ses missions de plus en plus nombreuses, l’Etat ne peut se permettre d’offrir des cadeaux fiscaux. Mais Juncker tire les bonnes conséquences: sa grande baisse d’impôts de 2001 n’a que peu profité aux bas salaires, il faut donc introduire un mécanisme de redistribution comme le crédit d’impôt. Il ne s’est pas non plus gêné pour critiquer le comportement des patrons lors des négociations sur le statut unique. Enfin, le premier ministre a eu une pensée pour les jeunes qui sont sans toit. Sans sous-entendre que ce serait de leur propre faute, comme le suggère son collègue français.

Comme si cela ne suffisait pas pour se démarquer de Sarkozy, Jean-Claude Juncker a annoncé une loi restreignant l’utilisation de caméras de surveillance, un des chevaux de bataille de l’ex-ministre de l’Intérieur français … et de son propre collègue de parti Luc Frieden. Les initiatives annoncées sur des sujets comme l’euthanasie, l’avortement et le pacs tournent également le dos au conservatisme traditionnel. Enfin, le refus catégorique de continuer à mettre des mineur-e-s en prison constitue une autre sommation directement adressée à Frieden, son ministre de la justice.

Si une des intentions de cette déclaration sur l’état de la nation est bien de se démarquer de la droite dure incarnée par Sarkozy, ce n’est sans doute pas parce que Juncker espère convaincre le nouveau président de déposer son Kärcher. Mais le changement du paysage politique dans un grand pays voisin pourrait produire un effet d’entraî nement au grand-duché. Le positionnement de Jean-Claude Juncker est clair à cet égard: les chrétiens-sociaux sont un parti de droite modérée.


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