LEGISLATIVES: France Inc.

Après l’irrésistible ascension de Nicolas Sarkozy au sommet de l’Etat, les législatives sont le prochain champ de bataille politique où tout pourra changer encore. Du moins en théorie.

Il faut laisser à Nicolas Sarkozy au moins cela: il a tout prévu. La France d’après le 6 mai 2007 est un pays entre les mains d’un pouvoir technocratique et centralisé. En agissant comme un Kasparov de la politique, Sarkozy a mis la majorité de ses concurrent-e-s échec et mat. Il a humilié – encore – les socialistes en nommant Bernard Kouchner aux affaires étrangères. Une leçon amère de plus pour un parti socialiste qui, à force de prendre des coups en pleine figure, devrait enfin s’interroger sur ses vraies positions et les clarifier ou bien abandonner la tâche. Car un parti qui n’a pas remarqué qu’un des siens était susceptible de passer au camp adverse, en ne changeant même pas de cravate, ni de discours, cela ne correspond pas à l’image d’un parti soudé, fort et populaire – tel qu’il a voulu se présenter pendant les présidentielles. Sarkozy a su en tirer avantage, car il connaissait les faiblesses du parti socialiste. Tout comme il a su isoler François Bayrou, qui rentrera à la campagne sur son tracteur au colza, mais presque sans adhérents, ni candidats. Pendant ce temps l’extrêmedroite comme l’extrême gauche sont beaucoup trop absorbées par elles-mêmes et leurs luttes internes pour mettre en danger la victoire prévisible de la droite aux législatives. Cette issue semble programmée d’avance, car les électrices et les électeurs qui ont voulu Sarkozy savent aussi qu’il lui faut des outils – endendez: une majorité à l’Assemblée – pour mettre en oeuvre sa politique. C’est un peu comme la manette qu’il faut acheter pour que votre nouvelle Playstation fonctionne bien.

C’est aussi pourquoi le petit Nicolas est resté sage jusqu’à présent: il ne veut pas qu’une Assemblée rebelle lui gâche son nouveau joujou.

Une telle concentration de pouvoir entre les mains d’un seul homme est bien sûr dangereuse. Même si les adeptes de Sarkozy répliqueront que le président a justement besoin d’un tel pouvoir, afin d’éviter les paralysies des gouvernements précédents – et ne parlons pas des cohabitations. Mais ne parler que d’une nouvelle concentration de pouvoir dangereuse serait passer à côté du grand changement qui vient de s’opérer tout en douceur dans le paysage politique français. On pourrait même aller jusqu’à prétendre qu’on assiste à un véritable changement de paradigme. Nicolas Sarkozy a introduit le star system dans la politique. Il a su convaincre autant les électeurs que les acteurs politiques que le vrai changement ne se fera qu’avec lui. Que son projet, ce serait beaucoup plus qu’un boulot administratif. Mieux: que faire de la politique sous Sarkozy serait carrément sexy.

On l’aura compris, avec le nouveau président, c’est le règne de l’image et du spectaculaire qui commence. Rien qu’à voir les mises en scène des premiers jours après le deuxième tour – Sarko sur le yacht, Sarko à Malte, Sarko au jogging – ce ne sont pas des clichés pris par hasard, comme l’était encore le Chirac dénudé sur son balcon il y a quelques années. Chaque image qu’il donne à voir est porteuse d’un message: le président est sportif, dynamique, à l’aise avec les grands de ce monde, comme avec les vedettes du showbiz, dont il est particulièrement friand. La politique est définitivement passée du côté du spectaculaire. Et les producteurs de ce spectacle sont dépendants du bon vouloir de la politique. Ce n’est pas un hasard si les grands patrons de la presse française sont aussi des amis intimes de Sarkozy. Il sait comment faire passer des pilules amères en jouant avec l’aide des médias consentants et lui le leur rend bien en pratiquant sans gêne sa politique ultralibérale. Les années passées au ministère de l’intéreur le prouvent: alors que son bilan y est médiocre, la majorité des français croient toujours que c’est Sarkozy qui ramènera la sécurité en France.

La seule chance qui reste à celles et ceux qui s’opposent à ce nouveau régime, c’est de ne pas se laisser endormir. Rester en contact avec la réalité sera indispensable pour contredire la fiction que les gouvernements sous la présidence de Sarkozy produiront.


Kriteschen an onofhängege Journalismus kascht Geld - och online. Ënnerstëtzt eis! Kritischer und unabhängiger Journalismus kostet Geld - auch online. Unterstützt uns! Le journalisme critique et indépendant coûte de l’argent - en ligne également. Soutenez-nous !
Tagged . Bookmark the permalink.

Comments are closed.