BELGIQUE: Le Roi, le football et la bière

Dégradation sociale au sud, chauvinisme égoï ste au nord. La Belgique est victime de ce phénomène européen qui mêle régionalismes obtus et conséquences des inégalités sociales.

Décidément, il y a des dimanches dont on se passerait bien. Celui de ce 10 juin, par exemple. Deux élections législatives chez deux de nos voisins, la France et la Belgique. Deux élections, deux raz-de-marés. De droite, évidemment, puisqu’il semble que ce soit la dernière mode électorale. Et pas n’importe quelles droites – des droites "décomplexées", comme ils disent. Passons sur les résultats du premier tour français pour le renouvellement de la caisse de résonance sarkozyste qu’est devenu l’Assemblée nationale, élue à un scrutin majoritaire qui n’a rien de démocratique, ni de représentatif.

La Belgique a au moins un scrutin proportionnel, ce qui lui permet d’avoir une représentation plus fidèle des rapports de force politiques du pays. Malheureusement, les résultats électoraux n’en sont pas plus réjouissants. Dans la partie nord du royaume, ils sont carrément angoissants. Au total, la droite y récolte presque 80 pour cent des suffrages. Et les formations de droite hostiles à l’unité belge (le cartel CD&V/N-VA, le Vlaams Belang et la liste Dedecker), ont raflé 52 sièges sur les 88 qui reviennent aux formations flamandes à la chambre fédérale.

De toute évidence, ces résultats ne donnent pas une image très accueillante de la Flandre. Les électeurs flamingants partagent le même état d’esprit que les séparatistes d’autres régions prospères en Europe, comme la Ligue du Nord en Italie qui fait ses choux gras sur la thèse d’un nord dynamique condamné à entretenir un Mezzogiorno à la traî ne. Phénomène similaire en Catalogne ou en Euskadi, régions prospères dans une Espagne qui compte des "boulets" comme la Galice, l’Estrémadure ou l’Andalousie. Certes, chaque région, ou nation, a son histoire et a subi des répressions de la part d’un Etat central comme dans l’Espagne franquiste – cela peut expliquer la permanence de formations indépendantistes. Mais l’Etat espagnol n’est plus fasciste. D’ailleurs, n’y a-t-il pas aujourd’hui, surtout pour des formations qui se réclament de la gauche, d’autres enjeux que la formation de nouvelles entités nationales indépendantes? Et de faire appel à une certaine légitimation ethnico-culturelle?

Le séparatisme égoï ste à la flamande est quant à lui inquiétant. Non seulement témoigne-t-il d’un manque de solidarité envers les communautés en difficulté, mais il est le résultat de ressentiments xénophobes. Qu’induit-il, en effet? Que le Flamand serait, par nature, plus laborieux que le Wallon? Que ce dernier, pour reprendre les propos du probable futur premier ministre Yves Leterme, serait intellectuellement plus limité? Certes, l’économie wallonne est dans un état préoccupant. Mais il faudrait rappeler aux flamingants que cela n’a pas toujours été le cas, et qu’elle a subi, successivement, la crise du charbon, puis de la sidérurgie dans les années 70. Comme dans de nombreux bassins miniers, y compris au Luxembourg.

La situation économique et sociale du sud de la Belgique a longtemps été l’otage d’une social-démocratie omnipotente et corrompue, appliquant, comme dans d’autres pays, des politiques d’inspiration libérale, ce qui a contribué à sa paupérisation. Et voilà que le dernier scrutin relègue ce PS derrière les libéraux de Didier Reynders, grand ami du président français. Ce n’est certainement pas ce virage à droite qui va contribuer au redressement de la Wallonie.

Pendant ce temps, Leterme, pourra continuer à répandre son venin francophobe. Il a beau s’en défendre, les propos qu’il tient régulièrement ne sont pas ceux d’un amoureux de l’unité. Et qui sait, les longues et difficiles négociations qui s’annoncent en vue de former un gouvernement fédéral pourraient lui servir comme argument de l’impossibilité de gouverner ce pays. Et de faire en sorte que la Belgique se résume à une équipe de foot et à certaines bières.


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