DROGUES EN PRISON: La grande évasion

La prison est un milieu propice à l’utilisation de drogues de toutes sortes. Histoires d’un ancien prisonnier et promesses d’innovation du centre pénitentiaire de Schrassig.

„J’ai rapidement trouvé des combines pour me procurer des drogues et, en fin de compte, j’étais plus défoncé dedans que dehors.“ Pol (1) a passé, il y a une dizaine d’années, plusieurs mois au centre pénitentiaire de Givenich avant d’entrer en thérapie pendant plus d’un an. Il est clean depuis lors et dit que la période passée en prison y est certainement pour quelque chose. Pourtant l’endroit en soi n’était pas vraiment thérapeutique.

„Après mon arrivée à Givenich, j’ai tout d’abord simulé des douleurs ou petits malaises pour qu’on me prescrive des pilules. Chaque soir une petite pilule et j’étais bien bourré. Puis, à plusieurs, on a commencé à brasser notre propre alcool. J’arrivais aussi rapidement à me procurer du cannabis, puis même de l’héroïne.“

Selon Pol, les drogues arrivaient surtout en prison grâce aux visites – „L’échange se fait, par exemple, par un baiser“ – ou alors étaient introduites par les détenus en semi-liberté. Dehors on emballe bien la drogue, on l’avale et on attend à l’intérieur que ça ressorte par voie naturelle.

Le seul souci à avoir, c’étaient les tests d’urine faits à l’improviste. Un souci de taille, mais dans ces cas aussi, la débrouille était maîtresse. „J’avais deux, trois types qui étaient clean. Alors quand un gardien m’annonçait que je devais faire un test, je disais toujours: ‚Je peux pas, j’ai pas envie, ça marche pas.‘ Puis j’allais chez l’un de ces types pour qu’il pisse dans un petit pot avec couvercle que j’avais volé à l’infirmerie. Je cachais le pot dans mon slip.“ Mais voilà, l’échantillonnage d’urine devait se faire sous les yeux d’un gardien. „Je faisais alors mon complexé, du genre ‚J’peux pas pisser quand quelqu’un regarde.‘ Evidemment, le gardien était gêné aussi et, vu qu’il avait encore d’autres choses à faire, il arrivait toujours un moment où il détournait les yeux. D’un geste bien calculé, j’ouvrais mon p’tit pot, d’où je versais quelques gouttes avant de bien le cacher à nouveau. Et le tour était joué.“

Propice à l’abus

La drogue est un problème croissant dans les prisons. C’est aussi ce que constate une nouvelle étude du „European Monitoring Centre for Drugs and Drug Addiction“. Selon celle-ci, les utilisateurs et utilisatrices de drogues sont surreprésenté-e-s parmi les 350.000 personnes emprisonnées à travers l’Europe. Annuellement, 180.000 à 600.000 drogué-e-s passeraient ainsi à travers les pénitentiaires européens.

Des experts, cités par l’étude, disent même que le milieu carcéral procure un environnement propice au maintien de l’abus de drogues et encourage l’utilisation de substances parmi ceux et celles qui n’en prenaient pas avant leur entrée en prison.

Le prix du taux de drogué-e-s en prison le plus bas revient à l’Autriche, où on l’estime de 10 à 20 pour cent. Le taux le plus élevé est atteint par le Portugal (37 à 70 pour cent). Le Luxembourg atteint 36 pour cent. A ce sujet Vincent Theis, directeur de la prison de Schrassig, nous précise qu’il s’agit là du pourcentage de personnes qui sont détenues pour infraction à la loi sur les stupéfiants et qu’il ne reflète donc pas forcément le nombre de personnes qui prennent des drogues en prison.

Vincent Theis ne nie pas qu’il y a des drogues derrière les barreaux. Les mesures prises actuellement en prison visent avant tout à la réduction de l’offre: tests d’urine, contrôle des personnes et des marchandises venant de l’extérieur. „En ce qui concerne le contrôle des personnes, il est limité. Nous ne procédons pas au toucher rectal ou à des radiographies à chaque fois qu’un détenu revient après une sortie autorisée. C’est une atteinte à la personne que la loi ne permet que dans des conditions bien précises“, explique le directeur. Un détecteur physique de drogues, „un appareil sophistiqué qui marche très bien“, serait employé, surtout pour contrôler les personnes qui viennent en visite. Pour les marchandises, la prison travaille avec la police, qui vient parfois avec les chiens pour faire des contrôles, „tout comme à l’aéroport“.

Programmes en préparation

En ce qui concerne la réduction de la demande, elle doit se faire par un travail de prévention, inexistant jusqu’ici dans le milieu carcéral luxembourgeois. Mais Vincent Theis nous apprend: „Le ‚Fonds de lutte contre le trafic de stupéfiants‘, en accord avec le ministère de la justice, est prêt à financer avec 50 millions de francs luxembourgeois un projet de cinq ans visant à la prévention, à l’accompagnement et aussi à préparer le détenu à une thérapie à sa sortie de prison.“ A cet effet, la prison travaille avec la „Jugend- & Drogenhëllef“, dont un psychologue est déjà présent à Schrassig pendant 20 heures par semaine, et avec le „Centre de Prévention des Toxicomanies“. „Nous présenterons ce projet en automne au Fonds de lutte et au ministre et espérons pouvoir le lancer avant l’hiver“, continue le directeur de prison avant d’annoncer même la possibilité d’un programme de distribution de seringues (mesure de prévention des risques) pour l’année prochaine, si tout va bien. Ce programme, Vincent Theis le veut bien étudié et couplé à un bon travail de sensibilisation. Des contacts ont été établis avec des responsables de distributions similaires en Suisse, où de telles initiatives ont été lancées dès 1992. Demain connaîtra donc des prisons meilleures?

(1) Nom changé par la rédaction


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