POLITIQUE CULTURELLE: Copy and Paste

La culture risque de traverser quelques mauvaises passes dans les cinq années qui viennent.

En présentant les nouveaux ministères, Jean-Claude Juncker a commis un petit lapsus, peut-être bien significatif. Il a omis de mentionner le ministère de la culture et ce n’est qu’après une interpellation de journaliste qu’il a confirmé que la culture revenait au CSV. Le soir de la même journée confirmait: oui, Octavie Modert sera la prochaine ministre de la culture, après n’avoir été « que » secrétaire d’Etat.

Cela risque bien d’être la seule nouveauté dans le domaine culturel, car ce qu’on peut lire dans la déclaration gouvernementale n’augure rien de bon. Point de vue innovation, le papier ressort entre autres des promesses qui datent des avant-dernières éléctions, comme le pass culturel pour les jeunes et celui pour les chômeurs ou les personnes à faible revenu. Rappelons que de tels documents, qui donnent un accès privilégié à la culture à tous ceux qui en seraient normalement exclus, sont monnaie courante chez nos voisins français. Mais cela n’a pas été la priorité au Luxembourg, le pays où on construit des musées avant de se soucier de leur contenu.

Pour ce qui est des soi-disant nouveautés, il y a la volonté du ministère de créer un « forum des cultures », une plateforme qui devrait favoriser le dialogue interculturel. Or, non seulement la pertinence d’une telle institution est-elle discutable – puisque le dialogue interculturel au Luxembourg est plutôt fécond -, elle risque aussi de faire double-emploi avec le « forum-cultures » existant. Cette dernière initiative, qui émane du milieu artistique, a entre autres créé le célèbre pacte culturel que tous les partis politiques ont signé avant les éléctions – à l’exception des commmunistes. Et il semble bien que quelqu’un en ait copié-collé des passages entiers pour la déclaration gouvernementale. Comment expliquer autrement la présence du qualificatif « transversal » pour la culture, que l’on retrouve aussi bien dans le pacte que dans la déclaration ? Une autre structure qui existe déjà, mais que le ministère compte s’approprier est celle qui regroupe les organismes culturels décentralisés. Alors que la plupart des centres culturels viennent de s’organiser dans la « Réseau luxembourgeois des centres culturels décentralisés asbl » (voir woxx 990), le ministère compte lui aussi créer un tel réseau ! On peut se demander ce qui a pu motiver une telle décision : la peur du ministère que le réseau existant échappe à sa mainmise ou son manque d’idées chronique ?

Point de vue subventions, la politique ne va pas changer – par contre l’orientation sera plutôt nationale qu’ouverte. Ainsi, le plan de créer une « arthothèque » destinée à ne représenter que l’art luxembourgeois: cela risque bien de devenir plutôt stérile. D’autant plus que la demande n’est pas énorme, les artistes luxembourgeois s’intéressant plus à une meilleure représentation à l’étranger. Sur ce point, signalons que l’instauration d’un comité interministériel avec les affaires étrangères est prévue, dans le but de mieux allier diplomatie et promotion culturelle. Toutefois, après la censure à Bruxelles de plusieurs toiles d’un artiste luxembourgeois par l’ambassadeur en personne, on peut déjà entrevoir à quoi servira ce comité.

De toute façon, ce qui importe le plus pour le « nouveau ministère », c’est le rayonnement culturel du pays au service de sa place financière. Ainsi la culture n’est qu’une « plus-value » au service du reste de l’Etat. Et la nouvelle Fondation de Luxembourg sera en charge avec le Fonds culturel national d’élaborer de nouvelles pistes pour le mécénat – alors que banques et autres mécènes habituels sont plutôt en train de se rétracter, crise oblige. Pour les artistes eux-mêmes, le papier reste plutôt flou : on promet une meilleure intégration sur le marché du travail, ainsi qu’un guichet unique pour les travailleurs intellectuels – sans date, ni délai, ni autres précisions.

Mais de toute façon Octavie Modert a d’autres chats à fouetter en ce moment, surtout en ce qui concerne son immobilisme passé sur le Musée des Trois-Glands – qui bien sûr sera mis en fonction le plus tôt possible. En effet, une interpellation du gouvernement, demandée par les députées libérales Anne Brasseur et Lydie Polfer, est prévue dès que possible à ce sujet – et à lire leur intitulé, ça risque de faire mal, très mal.


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