LAÏCITÉ: A chacun son temple ?

Les maisons de la laïcité sont une de ces sucreries destinées aux socialistes afin de leur faire avaler la méchante pilule de l’accord gouvernemental. Mais est-ce véritablement un progrès ?

L’accord de coalition entre le CSV et le LSAP prévoit de créer un réseau de maisons de la laïcité. Premier constat : l’Eglise catholique est pour. Deuxième constat : l’association Liberté de conscience est contre. Paradoxal ? Pas nécessairement. Ce qui semble être une concession envers le LSAP est en réalité une habile manoeuvre destinée à pérenniser le statu quo, c’est-à-dire le financement étatique des différents cultes présents au grand-duché. En créant les maisons de la laïcité, le CSV, ainsi que l’Eglise et les autres cultes, pourront tranquillement se laver les mains de toute accusation de sectarisme anti-laïc.
Or, ne fantasmons pas : hormis le financement étatique des cultes, ce qui est contestable, ou bien les cours de religion facultatifs qui n’ont, il est vrai, rien à faire au sein de l’école publique, la pratique politique de l’Etat luxembourgeois n’est plus celle d’un Etat assujetti aux desiderata d’un clergé quelconque. De fait, le Luxembourg est quasiment aussi laïc que la France. De fait, la société luxembourgeoise est toute aussi séculaire que ses voisines. Les sentences et sermons publics prononcés par l’Archevêque n’atteignent que celles et ceux qui y adhèrent déjà et laisse même un certain nombre de catholiques croyants et pratiquants de marbre. Non pas que l’Eglise soit un eunuque politique : en termes de réseaux et de pourvoyeur d’emplois grâce à l’ensemble complexe de ses ramifications, l’entreprise catholique a su maintenir un poids socio-économique non négligeable. Mais elle a, et elle le sait, perdu le monopole de la domination des âmes. Les temps ont changé.
Aussi les laïcs doivent-ils savoir ce qu’ils veulent. Deux alternatives se posent à eux, l’un n’excluant pas forcément l’autre. Le premier est d’ordre philosophico-religieux : celui d’une société libérée des dogmes religieux et superstitieux, celui des Lumières. Or, la réalité enseigne qu’il n’est pas nécessaire d’adhérer aux cultes judéo-chrétiens traditionnels pour se fourvoyer dans l’irrationnel. Combien d’Occidentaux névrosés et en mal de sens, bien qu’athées ou agnostiques autoproclamés, se laissent-ils amadouer par le sourire enjôleur d’un moine tibétain, ignorant que son culte n’a pas, en termes d’atrocités passées, à rougir devant l’institution
catholique ? Combien rejettent leur foi traditionnelle, l’Eglise ou autres institutions religieuses tout en « croyant » à une « force supérieure » à une « énergie désincarnée », voire à un « grand architecte » ? Qu’on le veuille ou non : l’angoisse existentielle de certain-e-s de nos contemporain-e-s les pousse irrémédiablement à rechercher des explications peu rationnelles. Il n’est point besoin d’Eglise pour cela.
L’autre combat est d’ordre politico-institutionnel : réaliser formellement une séparation de l’Eglise et de l’Etat en garantissant aux cultes toutes les libertés et en leur octroyant les devoirs qui s’appliquent à toute autre association humaine, tout en veillant à abolir les derniers vestiges d’un autre temps (les conventions, les cours de religion à l’école publique). Les maisons de la laïcité pourront-elles contribuer à atteindre cet objectif ? L’on peut en douter. A quoi serviront-elles, alors ? A bâtir des temples pour les non-croyants ? Avec rites « laïcs » (mariages, funérailles, parrainages) ? Bref, en copiant les cultes ? Les athées auraient-ils donc tant de mal de se défaire du mode de vie religieux ? En tant qu’athée, peu nous chaud de la création d’un temple laïc et de ses rites qui iront avec. Tout comme nous nous fichons royalement si un-e tel-le désire s’adonner à l’adoration de
Jéhova, Allah ou Vishnu. Pour un homme ou une femme de progrès athée, un chrétien de gauche reste un allié bien plus proche qu’un laïcard pour qui bouffer du curé est plus important que de lutter contre le véritable veau d’or : l’argent roi qui écrase nos sociétés. Et ce combat-là, nos chers socialistes l’ont abandonné depuis longtemps.

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