ÉGLISE CATHOLIQUE: Fins stratèges

La meilleure défense, c’est l’attaque. Voilà le credo de l’Eglise catholique luxembourgeoise dans la tourmente des scandales pédophiles. Une stratégie risquée, qui pourrait ne pas payer.

Il faut admettre que notre Eglise compte dans ses rangs de fins stratèges. Comment expliquer autrement la création d’une hotline téléphonique exclusivement dédiée aux victimes de maltraitances et d’abus sexuels perpétrés par des hommes d’Eglise? L’idée est – au fond – géniale. Avant que ses adversaires ne puissent la montrer du doigt, l’Eglise catholique s’est approprié tout ce qui pourrait lui causer des ennuis. Mais cette initiative est un leurre et cela pour deux raisons.

Premièrement, parce que des structures qui s’occupent des victimes de mauvais traitements et d’abus sexuels existent déjà. Ce n’est pas vraiment une nouveauté, mais dans le cadre de l’initiative catholique, il faut bien rappeler que si on a été ou est victime de pédophiles ou de sadiques membres du clergé, on ferait mieux de dénoncer cela aux autorités publiques. Que ce soit la police, le procureur ou encore une ONG comme le planning familial, cela vaut en tout cas mieux que d’en parler avec l’institution au sein de laquelle les méfaits sont arrivés. Car le risque que l’affaire soit étouffée ou que les plaignant-e-s ne soient pas pris au sérieux existe malheureusement. C’est même une tradition catholique que d’essayer d’occulter les méfaits des prêtres. La loi de l’Eglise prévoit de forcer les victimes à faire serment de ne pas révéler au grand jour les actes coupables des prêtres, comme le prouve un document émis par Jean XXIII et maintenu par Benoît XVI. Dans celui-ci on peut lire que les victimes et les témoins doivent jurer de se tenir cois, en échange de quoi on leur garantit que le prêtre fautif n’officiera plus dans leurs environs. Mais il sera probablement muté vers un autre poste où il pourra récidiver, comme l’actualité nous l’a prouvé plus d’une fois.

Deuxième leurre : « Qui s’excuse, s’accuse », comme dit le proverbe. En d’autres mots : en créant cette hotline entièrement dédiée aux victimes éventuelles d’attouchements en tous genres, l’Eglise catholique luxembourgeoise admet implicitement qu’elle compte des moutons noirs dans ses rangs et – pire encore – qu’elle en a pleinement conscience. Reste à savoir pourquoi elle a attendu si longtemps pour instaurer ce « service ». Car si les gens derrière cette idée pensaient que maintenant était le moment idéal pour lancer cette hotline, ils ont tout faux. A l’instant où le monde apprend chaque jour de nouveaux scandales pédophiles au sein de l’Eglise et dans d’autres institutions pour enfants, se préoccuper de manière ostentatoire des victimes est un geste malheureux. Et surtout, il détourne l’attention. Des coupables bien sûr, mais aussi des pratiques qui ont prévalu dans l’Eglise catholique depuis des centaines d’années.

Certes, voir en chaque prêtre qui s’occupe de la jeunesse un pédophile serait exagéré, tout comme de prétendre que ces cas n’arrivent que dans des institutions catholiques. On trouve des pédophiles dans chaque milieu. Pourtant, l’Eglise qui se veut irréprochable et qui se pose en autorité morale devrait enfin tenir compte de ses propres contradictions. Et réagir dignement, non pas en se jetant dans la bataille comme le fait l’Eglise luxembourgeoise mais en se mettant en question profondément – et en s’adaptant une fois pour toutes au monde moderne.


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