SIDÉRURGIE: La fin est proche

Les Cassandre qui prédisaient la fin des usines de Schifflange et de Rodange ont donc eu raison. Et le Luxembourg, gouvernement comme syndicats, ne peut que laisser faire le géant de l’acier.

« C’est une séparation à l’amiable. On laisse manifester les syndicats devant le portail, on autorise même les ouvriers de sortir de l’usine pour se joindre au mouvement, de façon symbolique du moins. Et après tout ce bazar, on ferme l’usine avec une larme de crocodile », commentait Théid Johanns, candidat déi Lénk eschois, venu soutenir le premier piquet d’information organisé par l’OGBL devant le portail de l’usine de Schifflange ce mercredi. Certes, l’annonce faite cette semaine au comité mixte de l’entreprise que la production à Schifflange serait stoppée net, tandis que celle de Rodange se réduirait dramatiquement est tout sauf une surprise. Néanmoins, il y avait dans l’air une grande colère envers le management d’Arcelor-Mittal et contre le gouvernement, tous les deux incapables de tenir ce qui avait été conclu en 2006, lors de la reprise d’Arcelor par Mittal Steel, à savoir la garantie de la pérennité des sites de production sur le territoire luxembourgeois. Or, les signes que cela arriverait étaient plus que clairs : peu ou pas d’investissements dans ces deux sites ces dernières années – alors que ce n’est pas le cas pour les sites de Belval ou de Differdange – et des bilans négatifs à répétition. Tandis qu’en même temps, le numéro un mondial de la production d’acier a plutôt bien survécu à la crise dans son ensemble et compte même renouer avec ses bénéfices record dès cette année.

Le problème est que la détresse de ceux qui manifestaient ne peut pas être palliée par la solidarité du grand nombre de gens qui sont venus les soutenir. Ni par les déclarations de solidarité provenant des partis de l’opposition, voire même des collèges échevinaux socialistes d’Esch et de Schifflange. La lutte syndicale à l’ère globalisée est largement dépassée par les dimensions qu’a prises l’entreprise avec laquelle on se bat. C’est aussi pourquoi Jean-Claude Bernardini, du bureau exécutif de l’OGBL, a paru plus désespéré que combatif sur la tribune improvisée : « Nous avons été convoqués au comité mixte non pas pour discuter, mais pour nous informer des décisions de la direction. Je ne sais même pas si les managers d’Arcelor Mittal présents avaient un poids dans cette décision. Il se peut bien qu’ils étaient, comme on l’attend aussi de nous, de simples exécutants de la bonne volonté du chef d’entreprise. » Et de se demander ce qu’un Michel Wurth, pourtant chef mondial des aciers longs au sein d’Arcelor Mittal, pèse encore dans cette entreprise, s’il ne peut même pas faire tenir des promesses pourtant co-signées par son entreprise dans le cadre des accords « Lux2011 ». Du point de vue de l’entreprise, les accords sont encore tenus, vu qu’on parle d’une fermeture provisoire du site. Pourtant, Jean-Claude Bernardini ne se fait pas d’illusions là-dessus: « Ce n’est pas comme si Arcelor Mittal ne communiquait pas avec nous. Tout au contraire, les syndicats sont submergés d’informations, de tableaux graphiques et d’analyses. Mais on ne nous donne rien de concret. Aucun élément palpable nous dit quand et si Schifflange va rouvrir ses portes. » C’est la tactique de la communication par saucissonnage : on lâche la vérité par petits bouts pour mieux faire passer la pilule et fatiguer son adversaire sommé de se satisfaire de semi-vérités. Alors qu’en réalité, on peut presque être sûr que cette décision était prise bien avant. Car, pourquoi donc Michel Wurth n’a-t-il pas souhaité s’exprimer sur les sites de Schifflange et de Rodange, lors du centenaire fêté en grandes pompes la semaine précédante ?


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