PRISON: Le dernier rapport

En compagnie de l’Ombudsmann Marc Fischbach, le ministre de la justice François Biltgen a présenté la réforme du système pénitentier luxembourgeois – critiqué par la Ligue des droits de l’Homme.

Ce fut une conférence de presse titanesque, « la plus longue de toute ma carrière », a confié François Biltgen vers la fin, et surtout une conférence où chaque mot était bien soupesé et pendant laquelle la phrase « Cela me tient particulièrement à coeur » est revenue souvent dans la bouche du ministre. Et il y avait de quoi, car le projet de loi portant réforme de l’exécution des peines était attendu depuis bien longtemps, car le système carcéral luxembourgeois n’est tout simplement pas à la hauteur, ni des ambitions du gouvernement, ni même dans la perspective des droits de l’Homme. Alors que la semaine dernière, le public s’offusquait à la nouvelle de deux mineurs incarcérés à Schrassig, le ministre de la justice tenait surtout à relativiser ces faits – apparemment, ils n’auraient pas été en contact avec des détenus majeurs – et promettre qu’on ne l’y reprendra plus, vu que sa nouvelle loi prévoit qu’aucun mineur de moins de 16 ans ne pourra être enfermé à Schrassig.

C’est donc une réforme ambitieuse que Biltgen veut mettre sur les rails, pour en finir avec la mauvaise réputation de la prison de Schrassig où les drogues circulent à tout go et où les morts suspicieuses se poursuivent. Ce qui est curieux, c’est que François Biltgen ne semble pas uniquement avoir lu les recommandations de Marc Fischbach, qui, en sa qualité de contrôleur externe des lieux privatifs de liberté, lui a remis maints rapports sur la situation, mais aussi le communiqué de la Ligue des droits de l’Homme, qui critiquait surtout le flou entretenu sur le bracelet électronique et sur la rémunération des prisonniers. Comment expliquer autrement le fait que Biltgen a lourdement insisté sur le fait qu’à l’avenir les prisonniers ne seraient plus exclus du système des retraites – ce qui constituait une double peine absolument excessive – et qu’il a promis un « contrat volontaire d’intégration ». Ce contrat, qui reste facultatif mais hautement recommandé, accompagnera le prisonnier tout au long de sa « carrière » carcérale et au-delà. « Le but est de faciliter la réinsertion dans la société et sur le marché du travail », explique-t-il. Avant d’insister sur le fait que l’information selon laquelle les prisonniers auraient automatiquement droit au RMG est fausse : « Cela ne concerne que ceux qui portent le bracelet électronique, et ce n’est pas automatique, ils deviennent juste éligibles au RMG si’ils font des démarches pour trouver un travail ».

En général, le ministre veut tout améliorer : une justice plus équitable qui punira plus sévèrement les délits financiers, des « agents pénitenciers » mieux formés et qui ne viendront plus que de la caserne du Herrenberg, l’intégration de firmes volontaires à employer des ex-détenus ou des porteurs du bracelet électronique. Si le flou a été maintenu sur ce sujet, une chose est tout de même claire : il y aura un élargissement de cette pratique. Non seulement parce que c’est plus humain que de mettre des personnes derrière des barreaux, mais aussi parce que les prisons luxembourgeoises sont pleines à craquer et que même le tout nouveau centre pénitientier de Givenich est déjà trop petit pour les besoins d’une justice très expéditive, surtout en ce qui concerne les délits liés aux stupéfiants, qui représentent 50 pour cent des peines de prison appliquées.

En tout cas, le nouveau projet de loi – qui est visible en ligne sur le site du ministère – démontre l’absolue nécessité de réformer un système antidaté et dont l’inefficacité n’est plus à prouver.


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