LA GRANDE CRISE: A bout de souffle

2012, l’année de tous les risques. Pour établir ce constat, il n’est nul besoin de se plonger dans quelconque prophétie, qu’elle soit amérindienne ou non. Il suffit d’observer l’état du monde.

Certes, les oiseaux qui tombent du ciel aux Etats-Unis, les bancs de harengs qui s’échouent en Norvège et le volcan de l’Eifel qui menace d’entrer en éruption ne sont pas des phénomènes propres à rassurer les confréries millénaristes. Mais non, il est fort peu probable que l’année s’achève avec la chute du dôme de St Pierre au Vatican ou l’écroulement du Cristo Rei à Rio de Janeiro. Le monde tel qu’il éclate en morceaux ou se fait raser par des extraterrestres à intervalles réguliers n’existe heureusement que dans l’imagination féconde et dévastatrice du réalisateur Roland Emmerich. De toute façon, cette terre n’a que peu besoin d’une quelconque colère divine ou lubie martienne pour courir aux calamités : l’action des humains ainsi que les systèmes économiques et politiques qu’ils mettent en place suffisent largement.

Hasard des calendriers (maya et grégorien), 2012 risque néanmoins d’entrer dans la mémoire collective. A l’instar des astronomes des temps ancestraux qui tentaient de fractionner le temps en cycles, les économistes marxistes (et bien d’autres encore), comme Kondratieff ou Mandel, ont envisagé de fractionner le capitalisme en cycles ou en ondes longues. Ce débat au sein de la gauche marxiste est éternel et les diverses théories sont régulièrement remises en cause. Reste à savoir à quel point de ce cycle du capitalisme nous nous trouvons actuellement et s’il s’agit bien, comme certains le suggèrent actuellement, de la dernière de ces ondes. Nous ne résoudrons pas le problème dans ces lignes.

Mais comme nous en sommes aux classiques, octroyons-nous un petit retour aux sources, à Karl Marx lui-même, qui écrivait en 1850 dans « La lutte des classes en France », à propos des années qui ont précédé la révolution de 1848 : « L’endettement de l’Etat était, bien au contraire, d’un intérêt direct pour la fraction de la bourgeoisie qui gouvernait et légiférait au moyen des Chambres. C’était précisément le déficit de l’Etat, qui était l’objet même de ses spéculations et le poste principal de son enrichissement. A la fin de chaque année, nouveau déficit. Au bout de quatre ou cinq ans, nouvel emprunt. Or, chaque nouvel emprunt fournissait à l’aristocratie une nouvelle occasion de rançonner l’Etat, qui, maintenu artificiellement au bord de la banqueroute, était obligé de traiter avec les banquiers dans les conditions les plus défavorables. »

La supercherie de la logique de la dette accompagnée de son corollaire moral avec tout ce qu’il comporte de culpabilisation (voir page 12) fonctionne un temps. Mais bien qu’elle soit relayée par les « élites » politiques et médiatiques tel un mantra, elle ne pourra durer éternellement. Une question à laquelle les leaders politiques actuels et futurs seront confrontés. Car pour l’instant, à l’instar du chef de l’Eurogroupe et premier ministre luxembourgeois, ils se font les porte-voix et exécutants de ces « rançonneurs » que décrivait Marx. Le « dernier communiste » autoproclamé n’avait-il pas annoncé, fin décembre, qu’il fallait des « plans d’assainissement très solides » ?

Pendant ce temps, un certain nombre de puissances dominantes s’apprêtent à renouveler leur personnel politique. En France, même si le locataire de l’Elysée a bien réussi à aliéner en un temps record son soutien populaire, cela n’empêche nullement qu’il pourrait garder sa place face à un concurrent du centre-gauche, François Hollande « le normal » (!), dont la volonté de rompre avec un système devenu fou est toute aussi inexistante que son charisme ou ses convictions politiques. Quant aux Etats-Unis, ils auront le choix entre un eunuque politique qui a fait preuve de son impuissance à Washington et un hurluberlu du camp opposé.

Mais tout se passera-t-il comme prévu ? Peut-on encore, à l’orée de cette année charnière, penser l’avenir, même proche, dans les temporalités classiques ? Rien n’indique que la caste politique dominante entamera un changement de cap fondamental. Le veut-elle d’ailleurs ? Et s’il est impossible de prévoir l’avenir, il serait néanmoins impensable que la routine ne soit perturbée non par des interventions divines ou extraterrestres, mais bien humaines. C’est ce que disent également certaines théories sur les ondes longues. Quant au calendrier maya, nous ne nous prononcerons pas.


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