LIVRE: Bières en et au Luxembourg

La production de bière des deux côtés de la frontière belgo-luxembourgeoise révèle peu de similarités. Conséquence heureuse de ce clivage : une grande variété de bières sur un territoire réduit.

Bières régionales et lois du marché:
l’Okult, création d’une
micro-brasserie, est aujourd’hui produite par une grande maison brassicole.

Qu’ont-elles en commun, les régions situées entre Semois et Moselle, traversées par les Ardennes et le Gutland ? Si l’on en croit le journaliste wallon Jean-Luc Bodeux, c’est en tout cas l’amour particulièrement bien développé de la bière. Invité lors d’une soirée de dégustation de bières organisée par Slow Food Luxembourg, l’expert en bière a présenté sa récente publication: « Bières et brasseries des 2 Luxembourg ».

A feuilleter le livre richement illustré, on s’aperçoit cependant que de l’époque où province de Luxembourg et grand-duché actuels ne faisaient qu’un, il n’est pas resté de tradition commune, en ce qui concerne la bière en tout cas. Comme l’écrit Jean-Luc Bodeux, acquiesçant l’homogénéité géographique et le passé commun: « Les traditions brassicoles sont totalement opposées. » Car le survol des différentes brasseries encore en vie sur ce territoire montre que les frontières nationales existant depuis 1839 ont contribué à accentuer des goûts et des procédés différents. Si les Luxos, en réminiscence aux maîtres brasseurs venus d’Allemagne qui jadis ont fortement marqué la brasserie locale, aiment leur pils douce et « sabbeleg », les voisins de la province belge apprécient plutôt les bières fortes, hautement alcooliques. En langage brassicole, on différencie entre bières de basse et de haute fermentation.

Jean-Luc Bodeux propose sur un ton léger un survol riche en informations des différentes brasseries actuellement toujours actives dans les deux Luxembourg et livre en passant des explications sur les principes élémentaires de la production. Si une maison comme La Chouffe, située à Achouffe dans la commune d’Houffalize, a le vent en poupe, il faut avouer que nombreuses sont les histoires de brasseries qui se terminent par un point d’interrogation quant à leur survie. C’est dû d’abord à l’esprit entrepreneur qui semble cependant ? contexte économique oblige ? – beaucoup plus développé en province de Luxembourg. On y trouve de part et d’autre des microbrasseries lancées avec optimisme par des amateurs de bière, mais qui sont confrontés bien vite aux lois du marché : entre croître ou céder, ces entreprises souvent sous-capitalisées en restent à un stade précaire. Les belles photos de Kevin Manand montrent ces brasseurs ? et leurs co-brasseuses ? au caractère belgement individualiste à l’oeuvre.

De telles initiatives personnelles sont plutôt rares au Luxembourg ? et encore moins couronnées de succès. La bière « Wëllen Ourdaller », lancée jadis par la coopérative paysanne Beola, a été reprise par Simon Pils, tout comme l’Okult de Redange, dont les origines folkloriques ne sont cependant pas évoquées dans la publication. A part une ou deux microbrasseries gérées par des restaurants, au grand-duché, on semble plutôt miser sur les grosses boîtes. D’ailleurs, que ce soit Bofferding, Diekirch ou Simon, les trois brasseries nationales peuvent toutes se vanter d’une existence de longue date. Leur success story est souvent celle d’entreprises familiales qui ont réussi à se transformer en véritables sociétés commerciales. D’ailleurs, les trois maisons sont ce qui reste d’un processus de concentration douloureux, non seulement pour les amateurs et amatrices de bière, mais pour un secteur de production qui jadis était florissant et diversifié.

Ce qui réunit cependant les deux filières, c’est le succès dans l’exportation. Si les bières luxembourgeoises rencontrent beaucoup de succès en Belgique ? la reprise de Diekirch par le géant flamand AB Inbev n’y est pas innocente ? les bières belges font un carton en Flandres, aux Pays-Bas et même aux Etats-Unis et au Canada, où les micro-brasseries et les bières spéciales sont très en vogue.

Parmi les détails intéressants relevés par Jean-Luc Bodeux, citons l’existence ? à l’avenir peu certain ? de la bière légère Gigi. Cette petite brasserie discrète située à Gérouville dans le Sud-Luxembourg belge, est la dernière à produire de la bière de table, à consommer sans modération puisqu’elle ne contient que 1,2 % d’alcool. Si l’auteur évoque avec nostalgie le temps ou le camion Gigi livrait ses bières et limonades aux quatre coins de la province, on peut déplorer qu’une telle bière risque de disparaître. Car l’actuelle prédilection pour les bières fortes est peu compatible non seulement avec les contrôles de police, mais également avec les défis de la vie quotidienne. Rien de tel qu’une bière légère pour se rafraichir après un travail physique ou pour accompagner un repas, sans les conséquences d’un alcoolémie trop élevée.

Bodeux, Jean-Luc: Bières et brasseries des 2 Luxembourg. Photos: Manand, Kevin. Longlier : Weyrich, 2011.


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