SETH MACFARLANE: Il était une fois?

L’idée de Seth MacFarlane dans « Ted » d’assembler un trentenaire à sa peluche avec laquelle il parle – même si elle est bien vivante – ne donne pas le résultat escompté : ce n’est ni un film pour enfants, ni pour adultes.

Un Teddy qui aime bien se faire des prostituées… qui en a vraiment besoin ?

Noël 1985 : le jeune John Bennett, qui grandit dans une banlieue de Boston, n’est pas un de ces gosses qui veulent la dernière console Nintendo, ni même un set de poupées Star Wars – tout ce qu’il désire, c’est un vrai ami. C’est pourquoi sa déception n’est pas grande lorsque ses parents lui offrent un ours en peluche. Surtout, ils ne savent pas qu’ils viennent de changer la vie de leur petit John à tout jamais : car celui-ci, par une nuit étoilée, demande à une étoile filante de donner vie à son Ted. Le lendemain suivant, c’est chose faite : l’ours en peluche se met à parler et à marcher.

De plus, une fois que les parents ont accepté la chose – on est après tout en Amérique, le pays où les miracles arrivent – Ted devient, pour un court laps de temps, une vraie célébrité. Mais voilà, même au pays de tous les possibles, et même si vous êtes un ours en peluche qui parle, le jour arrive où cela n’intéresse plus grand monde. C’est pourquoi, en 2012, Ted et John vivent toujours ensemble avec Lori, la copine super canon de John, qui ne semble pas trop s’offusquer de la présence entre eux d’un ours en peluche. Et pourtant, elle aurait des raisons de l’être. Car Ted est aussi devenu adulte : il fume des bongs à longueur de journée, aime bien les blagues salaces et sexistes et surtout ne fait rien pour retenir John de foutre sa vie en l’air avec lui. Si Lori a un job qui la mène vers les plus hautes sphères du business, John n’est qu’un employé d’un magasin de location de voitures entouré de collègues tous aussi déglingués et défoncés que lui. Alors, quand le patron de Lori essaie de la séduire au même moment où John ne parvient toujours pas à se séparer de Ted, les choses se corsent.

Seth MacFarlane est loin d’être un inconnu des fans de comédies américaines. Même s’il n’apparaît pas vraiment souvent à l’écran en personne, c’est plutôt aux manettes de séries animées qu’on le retrouve. Animateur gradué, il a voulu commencer à bosser pour Disney, mais l’esprit conservateur de la maison ne le séduisait pas vraiment. Il a donc commencé à travailler pour Hanna Barbera Studios – désormais Cartoon Network – et y a crée des séries ultra-connues comme « American Dad » et « Family Guy ». Toutes parlent de familles américaines et peuvent être considérées comme des cousines malignes des « Simpsons », qui elles aussi sont diffusées sur l’ultra-réactionnaire « Fox », machine de guerre de Rupert Murdoch. Mais cela ne l’empêche pas d’être considéré comme un des meilleurs scénaristes, monteurs et animateurs de la sphère hollywoodienne. C’est pourquoi les espoirs volaient haut pour « Ted » et que la déception est tout de même quelque peu amère quand on se rend compte qu’il n’en a sorti qu’un film mi-figue, mi-raisin.

Certes, voir un ours en peluche draguer Norah Jones ou tirer des grosses lignes de coke avec Sam Jones – que d’aucuns connaissent encore sous le nom de « Flash Gordon » – tout en faisant des blagues antisémites, c’est peut-être drôle. Voir un Mark Wahlberg, plutôt un adepte des films d’action, s’en prendre plein la gueule avec un animal en peluche, aussi. Mais si ce n’est pas un film à aller voir avec des enfants, ce conte à l’américaine est d’un ennui préprogrammé pour les adultes.

A l’Utopolis et au CinéBelval.


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