PEINTURES: Danse bleue

La galérie Covart n’a pas chômé en été et est aussi présente en ce début de saison pluvieux avec une exposition haute en couleurs. Car les tableaux de l’Alsacien Daniel Gasser sont tous sauf moroses. Certes, l’oeil du visiteur peut mettre quelque temps à s’habituer à l’effervescence de la palette de l’artiste, surtout en ce qui concerne quelques-uns de ces grands diptyques, voire triptyques qui ornent les murs de la galerie.

Mais Gasser est pourtant loin de l’abstraction. Ce n’est pas du Delaunay qu’on entrevoit entre les grandes flaques de pastel, mais plutôt de l’art ancien, voire des études de grands maîtres italiens. Au centre de tout cela: le corps. Qu’il soit masculin ou féminin – Gasser semble les aimer tous, et il les peint avec le même amour et souci esthétique. Ce qui ne fait pas pourtant de lui un épigone. Non, le choix du peintre est de montrer et de cacher les corps par le même geste pictural : ils sont souvent les seuls éléments ternes sur les toiles et puis, les têtes, comme les pieds d’ailleurs, manquent à l’appel dans la plupart de ses compositions.

Ce geste de distorsion des corps sur fonds de classicisme peut rappeler les oeuvres de Francis Bacon, aussi à cause de la taille de certains de ces tableaux. Mais là où le célèbre collègue créait sur fonds de questionnement philosophique et parfois au bord de la folie, le terrain d’exploration de Daniel Gasser est différent. Il se situe plutôt du côté du détournement des codes du classicisme en peinture, pas dans un geste subversif et destructeur, mais dans un esprit de continuité de cette esthétique. Si on devait vraiment inventer un tiroir pour fourrer l’oeuvre de Gasser, on pourrait l’appeler post-classique. Mais ce n’est pas vraiment nécessaire.

Car l’essentiel de son art tourne autour d’une exploration de l’esthétique et du questionnement de celle-ci. C’est à la fois très personnel et universel dans le sens où il pose la question des limites de l’art. En ouvrant d’autres voies que celle imposées par le « must » d’être absolument sur la vague contemporaine, en inventant son langage artistique qui incorpore tous ses éléments du passé, Gasser fait définitivement bande à part. Certes, c’est aussi une sorte d’activité artistique romantique et « hors du monde » – pour faire allusion au spleen baudelairien – et par cela aussi autiste et décadente, puisqu’elle ne laisse aucune place à la réalité brutale de l’époque, ni à ses luttes politiques et civilisationnelles qui émeuvent notre société.

En ce sens, Daniel Gasser représente un havre de paix, esthétique et juste certes, mais loin de ce qui fait bouger l’art contemporain.

A la galerie Covart, jusqu’au 20 octobre.


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