DAVID LAMBERT: Le boulet

« Hors les murs » a profité de beaucoup de lauriers critiques avant même sa sortie. Pourtant, cette histoire d’amour entre deux hommes n’a vraiment rien d’exceptionnel.

Une relation qui ne peut fonctionner que par un rapport de forces clair.

Une fois n’est pas coutume, le woxx s’est procuré un film avant la sortie. Ainsi, vous pourrez lire la critique d’un film qui ne sera présenté que mercredi prochain à l’Utopia en avant-première. « Hors les murs », de David Lambert, est en effet un film très attendu, car il brise un des derniers tabous du grand écran : une histoire d’amour entre deux hommes. Certes, il y a déjà eu des films mettant en scène des relations homosexuelles, comme « Fucking Amal » ou encore « Brokeback Mountain ». Mais un film sur l’homosexualité au quotidien et qui de plus se déroule à Bruxelles, au coeur de l’Europe donc, manquait à l’appel. Avec « Hors les murs », c’est chose faite.

L’histoire d’amour entre Paulo et Ilir commence sur un coup de tête. C’est ce qu’on appelle le coup de foudre, même si, pour Paulo du moins, le risque est grand qu’il ait vu double. Totalement bourré dans le bar dans lequel bosse Ilir, ce dernier le récupère après la soirée et ils passent ainsi leur première nuit ensemble. La copine de Paulo n’ignorant pas son attirance pour les hommes, elle essaie de lui faire avouer cette nouvelle aventure, chose dont il est fondamentalement incapable. Jeté à la rue par sa compagne, il rejoint Ilir dans son petit appartement et, après quelques réticences d’Ilir, leur histoire démarre. Il apparaît clairement que ce couple ne peut exister que sur une relation de dominant à dominé, ce qui explique les hésitations d’Ilir, qui au début ne s’épanouit pas dans le rôle du dominant. Mais il va s’y faire, et avec le temps, les deux mènent une belle vie de couple, dans leur quotidien comme dans la musique, car Paulo est pianiste expérimental et Ilir joue de la basse dans un groupe de post-rock. Et c’est lorsqu’il se déplace à Paris pour jouer avec son groupe que le malheur arrive. Avec sa « gueule de fumeur de shit », il se fait contrôler, la police trouve un peu de drogue sur lui et parce que les agents n’étaient pas forcément sympathiques, Ilir se défend, ce qui donne au total 18 mois de prison pour détention de substances illicites et coups et blessures contre des policiers. Commence alors une longue période de carence pour les deux, pendant laquelle ils devront – bon gré mal gré – se repositionner dans la vie.

Certes, « Hors les murs » est un film qui touche à plusieurs thèmes sensibles, comme l’amour homosexuel au quotidien ou la vie en prison, voire avec un partenaire derrière les barreaux. Pourtant, le scénario n’arrive pas vraiment à décoller et surtout les personnages restent plats. C’est surtout celui de Paulo qui agace le spectateur : son incapacité à prendre des décisions, son pathétisme larmoyant et surtout son besoin d’être dominé en permanence et pas seulement en ce qui concerne la sexualité, font qu’on a parfois envie de lui envoyer une gifle au visage pour qu’il arrête enfin de se plaindre. Et surtout parce que rien n’est dit sur les origines de son comportement. Si le personnage d’Ilir a plus de consistance, le réalisateur peut surtout remercier l’acteur Guillaume Gouix, qui a déjà conquis le public pour son rôle dans « Mobile Home ». C’est grâce à lui que le film gagne en constance, et c’est certainement le personnage le plus attachant. Reste alors une question : pourquoi tant d’engouement critique pour un film si médiocre, voire faible ? On peut se demander si ce n’est pas justement parce que « Hors les murs » évoque un thème qui – théoriquement du moins – ne devrait plus vraiment faire scandale dans une société qui se dit ouverte, que l’accueil critique du film dévoile en un certain sens que les choses ne sont pas ainsi. Que vivre dans un couple homosexuel en Europe au 21e siècle ne va toujours pas de soi ? En ce sens, le film a du moins le mérite de démasquer les bien-pensants et les hypocrites.

Avant-première à l’Utopia le 5 décembre.


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