RÉFORME DES RETRAITES: Arithmétique ?

Un texte de loi très controversé que celui de la réforme des retraites, adopté par la Chambre la veille de la Saint-Nicolas. Tour d’horizon des critiques.

Commençons par les faits. Le financement des retraites au Luxembourg, ces dernières décennies, a été facilité par l’afflux de main d’oeuvre. Le système se trouve aujourd’hui face au double défi de la longévité accrue et d’une stagnation potentielle de la masse salariale. C’est arithmétique. Tout le reste est politique.

« Ne faisons pas du 5 décembre 2012 un jour noir dans l’histoire sociale du Luxembourg ! » C’est en ces termes que Serge Urbany avait demandé à ses collègues de voter contre la réforme des retraites proposée. Le député de Déi Lénk avait entre autres dénoncé le caractère inéquitable des adaptations, avec, d’un côté, « un mécanisme destructeur programmé sur le long terme, agissant d’un côté de façon irréversible et progressive à la baisse sur la formule de pension des actifs ». De l’autre, en refusant d’augmenter les cotisations avant 2022, la réforme agirait « à la baisse sur le niveau de vie des retraités ». Comme solution, Urbany proposait essentiellement un financement « par le biais d’une justice redistributive », c’est-à-dire en allant chercher l’argent chez les riches – une approche qui se heurte à des limites politiques, mais aussi économiques. Mercredi dernier, il est resté seul à la Chambre avec son refus radical. Mais pas seul dans le pays, car les syndicats rejettent également la réforme en termes très clairs. Certains diront que ces critiques refusent de voir la réalité des calculs, mais n’ont-ils pas simplement arrêté de calculer, face aux manoeuvres d’un ministre trop calculateur ?

Aux antipodes, on trouve ceux dont c’est le métier de calculer : les assureurs privés. Ils rêvent d’un monde où l’assurance vieillesse serait remplacée par des contrats individuels. Leurs calculs servent à montrer que seul un tel système « par capitalisation » serait fonctionnel. Et ferait exploser – quelle coïncidence – leur chiffre d’affaires. Traditionnellement, le patronat et les partis de droite se mettent au service de cette cause, en reprenant des raisonnements purement micro-économiques sur les cotisations d’aujourd’hui qui ne financeraient pas les retraites de demain. Le discours sur la privatisation de la Sécu est passé de mode et a laissé place aux mises en garde contre le « mur des pensions » et l’apitoiement sur le sort des générations à venir, écrasées par la dette que nous lui laissons. C’est dans cet ordre d’idées que le patronat et le DP ont rejeté la réforme, tandis que le CSV – mais pas seulement lui – l’a approuvée à contrecoeur, tous étant d’accord pour trouver que « cela ne va pas assez loin ».

Le cas des Verts est un peu particulier, déchirés qu’ils sont entre des exigences de justice et d’équité au sein de la société et entre les générations, d’inspiration progressiste, et un discours sur « la durabilité des finances publiques », d’inspiration libérale. Ainsi, ils réclament un relèvement des cotisations et le recours à des sources de financement alternatives, tout en souhaitant des baisses de prestations plus conséquentes afin de sauvegarder les intérêts des générations futures.

Quant à Mars Di Bartolomeo, il a bien joué son jeu, faisant passer la réforme en donnant l’impression d’avoir trouvé le juste milieu entre les deux camps. A son crédit, notons qu’il a su maintenir la logique générale du système par répartition en le rendant un peu moins dissipateur et un peu plus redistributif. S’il a évité le grand massacre, réclamé par les uns, il n’a pas non plus mis en place la grande réforme qui s’imposerait. On attend toujours son « pacte » sur l’intégration des travailleurs âgés, sans lequel l’allongement de l’activité ne sera qu’un mirage. De plus, il a fait l’impasse sur les financements alternatifs, et, en gelant les cotisations tout en supprimant les « ajustements », il a trahi le principe de lier les niveaux de revenu des actifs et des pensionnés. Des choix politiques, et non « arithmétiques », comme il se plaît à l’affirmer.


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