De Pol muss an de Krich

 La mémoire, et surtout celle de la Seconde Guerre mondiale, semble toujours être un thème de prédilection de nombreux auteurs. Avant tout bien sûr ceux de la génération qui l’ont vécue elle-même. Si nombreux de ces témoignages étaient plutôt larmoyants et de médiocre qualité littéraire, force est de constater que la perception de la mémoire est en train de changer sur deux aspects fondamentaux. Premièrement, on s’intéresse davantage aux périphéries de la guerre, comme l’a fait André Link récemment avec l’après-guerre et comme le fait Pe’l Schlechter avec l’avant-guerre. Deuxièmement, la vision de la victimisation du pauvre peuple luxembourgeois qui souffre sous la botte nazie est de plus en plus relativisée, pour faire place à une narration plus réaliste des faits. Et « De Pol muss an de Krich » de Pe’l Schlechter pourrait être un des livres qui ouvrent définitivement la voie à cette révision historique. D’abord, c’est le ton qui frappe. Certes, cela fait un peu pépé jovial qui raconte ses péripéties, mais on entend encore entre les lignes le jeune homme enthousiaste et amoureux qui se heurte à la bigoterie qui régissait le quotidien grand-ducal dans les années 1930. Le ton de Pe’l Schlechter ne force pas le respect, mais suscite l’empathie du lecteur, ce qui rend le récit de « sa » guerre encore plus intéressant. Car voilà, au lieu de se lamenter de son sort de jeune déporté à l’« Arbeitsdienst », puis d’enrôlé à la « Wehrmacht », il raconte le quotidien tragi-comique de lui et de ses camarades qui ne comprennent pas toujours les enjeux du « Reich ». Et surtout, au lieu de se targuer d’une aura de résistant au moment où il déserte, il en profite pour raconter la solidarité émouvante des résistants néerlandais qui l’aident à fuir et de leur rendre un vibrant hommage. Jamais la guerre, de perspective luxembourgeoise, n’a été racontée de façon plus humaine et, on serait tenté de dire, plus juste, que dans ce livre.
« De Pol muss an de Krich », est paru aux éditions Binsfeld.


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