PEINTURES: Théorie peinte

La galerie Zidoun surprend à nouveau avec sa nouvelle exposition « Structural disbelief : an imposition » du jeune peintre sud-africain Mustafa Maluka.

Les tableaux de Maluka sont souvent en trompe-l’oeil.

Les artistes qui mettent en question le carcan philosophique dans lequel les théoriciens de l’art contemporain aiment bien les enfermer sont devenus rares. Mais encore plus rares sont ceux qui jouent avec ces codes à l’intérieur de leur recherche artistique. C’est ainsi qu’il faut comprendre les grands portraits que nous propose en ce moment Mustafa Maluka à la galerie Zidoun.

Surproportionnés et très colorés, les modèles regardent le spectateur droit dans les yeux. Peut-être qu’ils questionnent, peut-être qu’ils ont quelque chose à dire – toujours est-il qu’ils activent une mécanique discursive. En d’autres mots : par leur simple présence, ils créent un dialogue. Et par cela, ils interpellent le spectateur. En s’approchant des tableaux, on remarque aussi un contraste qui revient sur chaque toile. Alors que l’arrière-fond est en général une explosion de couleurs, parfois désordonnée, parfois décorative comme issue d’une toile de Piet Mondrian par exemple, les visages eux ne sont pas travaillés de la même façon. Au contraire, ils sont brouillés, un peu comme s’ils n’étaient pas assez bien transmis, comme s’ils n’étaient pas réels. Le fait de scléroser ainsi ses portraits, et aussi celui de produire un petit trompe-l’oeil, puisqu’à première vue, ces détails n’apparaissent pas clairement, remet en question notre regard sur l’art. Voyons-nous uniquement ce que nous voulons voir ? Ces visages, auxquels on aurait eu envie de parler quelques secondes auparavant, nous repoussent par ces détails qui leur enlèvent toute humanité, forçant le spectateur à recalibrer sa vision et son jugement.

Il y a encore autre chose qui frappe dans les portraits exposés dans la galerie Zidoun : toutes les personnes représentées ainsi frontalement sont noires. Certes, l’origine sud-africaine de l’artiste pourrait expliquer ce choix – même s’il ne vaut pas pour tous les portraits de cette série – mais une seule toile fait doublement exception, car elle représente non seulement deux hommes blancs, mais les montre dans des postures et dans une atmosphère plutôt étranges, voire caricaturales. Des livres volent depuis l’arrière-fond vers l’avant du tableau, et le plus proche du spectateur porte les couleurs du drapeau sud-africain. Les deux figures, une sorte de petit mécanicien disproportionné par rapport au reste et une figure plus grande mais dont le visage est caché derrière un masque de ski, semblent plutôt avoir des significations symboliques au lieu de vraiment représenter quoi que ce soit. Somme toute, il s’agit d’un arrangement plus textuel que pictural qui met en avant la dimension théorique – et la lutte avec cette dernière – que Mustafa Maluka semble tant apprécier dans ses travaux.

Finalement, cette exposition rend curieux et est en soi une réelle petite découverte qui vaut vraiment qu’on s’y attarde.

A la galerie Zidoun, jusqu’au 1er juin.


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