COOPÉRATIVE DE BONNEVOIE: Piquée par Cactus ?

Que la coopérative de Bonnevoie allait mal n’était plus un secret depuis un certain temps. L’annonce de cette semaine qu’elle allait bientôt être reprise par un autre exploitant a confirmé que le glas pour ce supermarché de tradition avait bien sonné.

Depuis un mois plus ou moins, les rumeurs les plus diverses au sujet de la coopérative de Bonnevoie allaient bon train. Allant de la fermeture définitive, voire même de la destruction du dernier supermarché du pays géré par une coopérative, en l’occurrence celle fondée par le Landesverband (FNCTTFEL), jusqu’à la reprise par une grande chaîne – tout ce qu’on savait et dont on se doutait était que les choses ne pouvaient plus continuer en l’état. Ce qui fait que la nouvelle que la coopérative de Bonnevoie était en négociations avec Cactus pour une reprise du supermarché – mais pas forcément de la petite galerie marchande – était tout sauf une surprise. Même si, du point de vue repreneur, d’autres noms circulaient. Finalement, si le conseil d’administration de la coopérative semble préférer négocier avec la firme luxembourgeoise Cactus, c’est aussi parce qu’ils ont déjà fait cette expérience en 2010 à Ettelbrück.

C’est donc un nouveau coup bas non seulement pour un commerce de tradition, mais aussi un désaveu pour un modèle de gestion qui – surtout en temps de crise – n’est pas fixé sur le profit à la va-vite, mais mise sur la solidarité, le partage et la pérennité à long terme. Mais la concurrence aura été trop rude dans le quartier et les environs où fleurissaient les supermarchés tenus par de grandes chaînes. Une concurrence qui ne concernait pas uniquement les prix, mais aussi les disponibilités de la coopérative, qui, par exemple, par égard pour son personnel, n’ouvrait pas ses portes le dimanche.

Une analyse que partage Romain Roden, administrateur et membre du conseil d’administration de la coopérative de Bonnevoie : « Nous avons probablement manqué de professionnalisme et nous avons raté plusieurs occasions d’adapter notre modèle de gestion. Pourtant, travailler selon une logique uniquement capitaliste serait aussi contradictoire pour un supermarché qui après tout appartient à un syndicat. Ainsi, je pense que la centaine de personnes que nous employons actuellement, si elles ne gagnent peut-être pas plus qu’une employée d’un supermarché lambda, profitent de meilleures conditions de travail. Si le deal avec Cactus fonctionne, j’espère qu’un maximum de ces conditions seront sauvegardées. »

S’il déplore évidemment que le Landesverband abandonne sa coopérative alimentaire, Roden pense que ce modèle a toujours un futur devant soi : « Pour le Landesverband, l’idée de la coopérative n’est pas morte avec l’abandon du supermarché – tout au contraire – nous allons essayer de la développer mais dans d’autres domaines, qui correspondent plutôt aux nécessités du moment, comme par exemple le logement social », explique-t-il.

Une bonne chose, car une gestion coopérative est à long terme payante et permet de mieux de résister aux crises. Comme le démontrent par exemple les banques coopératives qui ont toutes mieux résisté à la crise financière, ou encore les coopératives dans le monde agricole, qui sont un rempart contre des multinationales désireuses de dominer le marché. Ou encore, last but not least, le journal que vous êtes en train de lire et qui lui aussi, même si d’aucuns ont pu dire le contraire, se porte plutôt bien – surtout comparé au désarroi dans lequel se trouvent les grands groupes de presse luxembourgeois en ce moment.


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