INSTALLATION: Touchant

Dans le cadre du mois européen de la photographie, le kiosque de l’Aica a choisi d’approcher les choses par un angle un peu différent en donnant une carte blanche à la jeune artiste luxembourgeoise Sophie Jung.

Belle féerie mécanique, l’installation de Sophie Jung au kiosque de l’Aica.

Certes, elle aurait aussi pu baptiser son travail « Someday My Prince Will Come », tant son intervention au kiosque de l’Aica évoque la féerie. Mais pourtant, Sophie Jung, que d’aucuns connaissent peut-être pour sa participation au projet « You I Landscape » qui vient de se terminer au Carré Rotondes, a choisi de baptiser son projet du nom plus ambigu et plus ambitieux « Touch that Angel, Touch my Angle ». Un titre qui met directement en relation la création artistique (l’angle d’attaque) et son contenu (l’ange).

Point de vue contenu, l’installation fait plutôt dans la fausse simplicité. D’abord, on voit l’extrait d’une grande photo en noir et blanc qui occupe tout le mur du kiosque. Elle représente les jambes d’un couple qui danse et semble issue d’une collection datant des années 1950. C’est en tout cas ce qu’elle évoque. Puis en déplaçant le regard un peu vers le haut, on entrevoit – malheureusement les effets miroirs des vitrines du kiosque n’aident pas vraiment ici – une main tendue vers la jupe de la femme. Une main en couleur, donc greffée à une autre image, et à qui appartient à un bras anormalement allongé qui part de la gauche de la première image. Finalement, la composition est complétée par une petite projection vidéo en bas de l’image. On peut y voir deux poupées entrelacées qui dansent, propulsées par une main qui met en marche la mécanique du jouet. C’est pour le côté « Belle au Bois Dormant » de l’installation, même si la mécanique derrière « Touch that Angel, Touch my Angle » est beaucoup plus complexe. Surtout s’il faut y ajouter un troisième élément, qui élargit l’installation vers le monde virtuel. Car, comme inscrit sur le kiosque, l’adresse « www.touchthatangeltouchmyangle.com » existe vraiment. Le seul hic, c’est qu’elle n’est seulement visible que sur un support mobile, comme un smartphone, et non sur un ordinateur normal. Ce qui est un peu bizarre, vu que ce qu’on y trouve est une image animée de la même photographie, cette fois avec les visages du couple qui danse aussi avec la main au bras long qui se déplace sur fonds de bruits de moteurs.

Mais cela a du moins l’avantage de clarifier le propos de l’artiste. Car son oeuvre est un véritable mobilé mécanique, une petite machine à produire du sens. Les différentes couches de l’installation s’assemblent autour du thème du couple dansant. La main qui intervient a un double sens, d’abord celui d’une intervention qui vient de plus haut, comme celle qui déclenche la mécanique du jouet dans la vidéo et puis bien sûr, celle qui touche, celle qui veut participer à ce couple dansant, qui veut en quelque sens faire partie du rêve qu’elle vient de déclencher. Ainsi, Jung nous renvoie vers notre propre machine à rêves dans notre tête et nous rappelle que ce ne sont finalement nous seuls qui maîtrisons nos destins, mais aussi nous qui décidons si nous voulons délibérément tromper nos sens ou non. Finalement, c’est aussi une sorte de responsabilisation qui ressort de « Touch that Angel, Touch my Angle » – la responsabilisation d’une civilisation qui s’est trop habituée à un certain horizon que lui procure la société du spectacle omniprésente. Ce qui fait de l’installation de Sophie Jung aussi une oeuvre philosophico-politique et donc très pertinente, une chose rare de nos jours.

Au kiosque de l’Aica, place de Bruxelles, jusqu’au 7 juillet.


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