FOYER DE MÜHLENBACH: Du balai

Un nettoyage de printemps, c’est donc ça. On pense d’abord aux vieilles fripes qui encombrent le grenier mais l’Olai (Office luxembourgeois de l’accueil et de l’intégration), c’est des habitants de l’immeuble dont il se débarrasse.

L’Olai, organe rattaché au ministère de la Famille et de l’Intégration qui a en charge depuis 2009 la gestion des foyers pour travailleurs étrangers, a été pris d’une soudaine envie de faire le ménage dans ces structures qui depuis bien longtemps fonctionnent quasi en autogestion : à part une contribution financière, l’Olai ne s’occupait pour ainsi dire pas de ces foyers. Mais les temps changent et la première chose que l’Office renouvelle, ce sont les résidents. Rien de mieux pour mettre un peu d’ordre que de remplacer des travailleurs immigrés en situation précaire par d’autres travailleurs vulnérables.

Ainsi, au foyer de Mühlenbach, 25 résidents ont déjà été convoqués à un entretien préalable à la résiliation de leur contrat de location. La dénonciation des contrats oraux de mise à disposition conclu avec les occupants s’appuie sur une loi de 2008 qui stipule que l’Olai gère des structures « réservées au logement provisoire d’étrangers ». Très bien, mais nombre de résidents vivaient dans ce foyer bien avant 2008 et nul ne semblait être conscient du caractère temporaire de leur situation, pas même le gérant mis au courant de la situation par les occupants eux-mêmes.

Bien qu’aucune base légale ne définisse ce que « provisoire » signifie exactement, la limite a été fixée à 3 ans, en réponse à une question parlementaire de 2012. Tous ceux qui ont dépassé cette durée – soit la très grande majorité des 90 habitants de Mühlenbach – seront convoqués par l’Olai afin d’analyser leur situation professionnelle et financière et de les informer qu’ils doivent se mettre à la recherche d’un autre logement. Dur à entendre pour ceux qui habitent là depuis plus de 20 ans et considèrent ce foyer comme leur chez-soi.

A Mühlenbach, ils payent 200 euros par mois pour une chambre double ainsi que la cuisine et les sanitaires en commun. Ce ne sont pas des conditions faciles, mais avec un salaire proche du minimum et compte tenu de la situation immobilière au Luxembourg, ils n’ont pas vraiment le choix. Louer un studio coûte environ 700 euros, sans compter la garantie locative qui s’élève souvent à deux ou trois fois le montant du loyer.

Restructuration oblige

L’Asti (Association de soutien aux travailleurs immigrés) les accompagne dans ce processus auprès de l’Olai et espère maintenant que les délais de sortie accordés seront raisonnables et réellement en accord avec la situation de chacun. Au foyer de Bonnevoie, les 14 résidents ont déjà été contraints de quitter les lieux durant l’hiver et ils n’avaient eu que le préavis légal de trois mois pour trouver une autre solution. Espérons que l’Olai sera plus clément avec ceux de Mühlenbach. D’autant plus que cinq mois plus tard, les logements libérés à Bonnevoie, destinés à l’accueil de demandeurs d’asile, ne sont toujours pas occupés.

Ces procédures auront aussi lieu dans les deux foyers aujourd’hui gérés par l’Olai à Esch-sur-Alzette et concernent au total plus d’une centaine de personnes. Ce serait quand même un comble que ces travailleurs, pour la plupart dans le secteur de la construction civile, se retrouvent à la rue? Mieux que l’expulsion de ces personnes vulnérables, la construction de logements sociaux supplémentaires élargirait par la même occasion l’offre d’emploi pour ces personnes et celle du logement qui fait cruellement défaut au Luxembourg. Quand le gouvernement descendra-t-il à la cave pour s’attaquer au vrai problème ?


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