ARIEL VROMEN: Trop glacé

« The Iceman » est tellement froid qu’il fait mal aux dents. Malgré ses excellents acteurs, l’histoire d’un des tueurs en série les plus féroces des Etats-Unis manque de fondement.

L‘homme glacé n‘apporte pas que de bonnes choses…

En fait, c’est un grand timide, ce Richard Kuklinski. Attablé dans un café avec une jeune fille qu’il convoite, il n’arrive pas à prononcer une seule syllabe du bout de ses lèvres. Et quand finalement il balance une première phrase, c’est déjà un mensonge :  « J’adapte des BD pour Disney », raconte-t-il à Deborah, sa jeune conquête, qui va devenir plus tard son épouse et la mère de ses enfants. En réalité, Kuklinski est à la solde de Roy DeMeo, un mafieux du clan des Gambino. Quant à ses affinités avec l’industrie du cinéma, elles se limitent au trafic de films porno. Mais DeMeo voit très vite « plus grand » pour son employé : il fait de cet homme aux racines polonaises, endurci par les coups que lui portèrent ses parents alcooliques et dont le frère purge déjà une peine de prison à vie pour avoir violé et tué une fillette de 12 ans, un tueur à gages. Kuklinski, qui est d’une froideur remarquable et qui ne semble pas être rongé par le remords lorsqu’il tue, va bientôt exceller dans son business. A tel point que même DeMeo en a froid dans le dos et le licencie. Ce qui va mener Kuklinski à s’associer à un autre tueur à gages, surnommé « Mr Freezy », car il se déplace uniquement dans sa camionnette de vendeur de glaces. Ensemble, ils vont passer quelques années dorées, en tuant entre 150 et 200 personnes – la justice américaine n’a jamais publié de chiffres définitifs – qu’ils dépeçaient avant de les dissoudre dans des bains acides, ou en les préparant de façon à ce que les légistes concluent automatiquement à une mort naturelle, notamment en recourant au cyanure.

Pourtant, même les meilleures années d’un tueur à gages se terminent un jour ou l’autre, et Kuklinski sera arrêté devant sa famille, sûrement son pire cauchemar. Car ni la famille, ni son environnement n’étaient au courant de son vrai business, Kuklinski leur ayant fait croire qu’il était un trader à Wall Street qui gagnait assez bien sa vie. Trahi par un mouchard, il va passer le restant de ses jours derrière les barreaux. Quand il meurt en 2006, juste avant qu’il ne doive témoigner contre un mafieux notoire qui sera libéré par la suite, il est l’un des tueurs en série les plus médiatisés des Etats-Unis, après avoir donné de multiples interviews à des psychiatres, des journalistes et des auteurs.

Si « The Iceman » est certainement très beau à voir à cause des belles images, c’est le scénario qui laisse vraiment à désirer. Même si le réalisateur a peut-être voulu éviter les clichés psychologisants, il laisse le spectateur dans le vide concernant les motifs de l‘ « homme de glace ». Kuklinski est un tueur sans remords, voilà tout ce qu’on doit savoir. A partir du moment où il tue un sans-abri pour impressionner son boss de la mafia, il ne connaît plus aucun frein moral à ses agissements et plonge dans la parfaite schizophrénie en jouant le bon père de famille le soir – un rôle qui lui tenait apparemment à coeur, il paraît qu’aux States, même les tueurs en série ont des « family values » – et le jour en tuant férocement toute personne se trouvant sur sa liste.

Le film est pourtant sauvé par ses acteurs, et avant tout par Michael Shannon dans le rôle principal, qui plante un personnage en conflit avec lui-même, son passé et ses désirs – surtout celui de faire un dernier coup pour arrêter et déménager à Atlantic City avec sa famille. Ce qui fait de « The Iceman » un film qui souffle le chaud et le froid, pour n’en rester qu’à un vent tiède.

Au Ciné Belval.


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