STEVEN SODERBERGH: Prison dorée

Dans « Behind the Candelabra », on peut voir un Michael Douglas au top de sa forme, une histoire d’amour aussi triste que belle et surtout une critique acerbe du show business.

Une belle histoire d’amour, coincée dans une réalité malsaine – c’est ce que raconte Steven Soderbergh dans son dernier film.

Wladzio Valentino Liberace est un des phénomènes les plus marquants du show business américain. Celui qui s’est baptisé « Mr Showman » était avant tout un pianiste de talent, doté d’un égo surdimensionné qui a fait de lui un des monstres sacrés de la télévision, du cinéma et aussi des scènes de Las Vegas. Pourtant, Liberace n’a jamais composé une seule chanson de sa vie et se contente de reprendre des extraits de classiques (avec une préférence pour Chopin) et de les mélanger avec des morceaux légers contemporains, tout en entretenant son public – ne serait-ce qu’avec ses costumes totalement excentriques. « Behind the Candelabra » est raconté non pas de la perspective de Liberace, mais de celle de son amant Scott Thorson – joué par Matt Damon. La rencontre a eu lieu en 1976, Scott étant âgé de 16 ans à l’époque. Liberace tombe immédiatement amoureux de ce jeune éphèbe et fait de lui son secrétaire, compagnon et serviteur officiel. Scott, qui avait grandi dans des familles d’accueil, se lie d’emblée à cette star internationale et se voit submergé de cadeaux onéreux tout en vivant dans le luxe absolu.

Il faut savoir aussi que Liberace, malgré ses airs un peu fous, était un businessman redoutable – au moment de sa mort en 1987, sa fortune était estimée à plus de 100 millions de dollars. Mais c’était aussi un homme qui, malgré sa célébrité, était forcé de vivre dans la réclusion et que l’homosexualité forçait à être en permanence sur ses gardes. En effet, il est étonnant que toutes les jeunes filles et leurs mères, la principale partie de son public en plus des mémés, ne se soient pendant des décennies pas aperçues que leur showman favori était homosexuel. Mais apparemment, les gens ne voient que ce qu’ils veulent voir et rien de plus. De plus, le pianiste, et surtout son manager, ne craignaient pas l’effort quand il s’agissait de nier l’évidence, procès gagnés contre la presse people et fausses amantes inclues.

Ce mode de vie schizophrène a aussi des conséquences néfastes sur la vie de Liberace et de Scott. Dès le départ, ils n’étaient pas sur un pied d’égalité, mais petit à petit, Liberace va faire de son amant sa petite créature. D’abord par des costumes de plus en plus fantaisistes, puis en le forçant à accepter des opérations de chirurgie esthétique, conçues juste pour le faire ressembler au jeune Liberace. Scott accepte tout cela, par amour et peut-être aussi parce qu’il ne trouve plus l’issue de secours de cette relation dans laquelle il se trouve de plus en plus enfermé. Alors, il prend la seule issue qui lui reste : la drogue, à laquelle il était de toute façon devenu accro après ses opérations, à l’issue desquelles le docteur de confiance de son mentor lui a prescrit un sacré cocktail de calmants. La relation va se briser par après, et Scott Thorson ira jusqu’à poursuivre Liberace en justice, juste pour avoir de l’argent. Ce n’est que sur le seuil de la mort qu’ils se réconcilient – quand « Mr Showman » succombe au sida en 1987 – un fait que son management a aussi essayé de dissimuler en corrompant le docteur qui a signé l’acte de décès.

S’il s’avérait que « Behind the Candelabra » est vraiment le dernier film de Steven Soderbergh – il l’a annoncé plusieurs fois – alors il peut prendre sa retraite paisiblement. C’est sûrement un des meilleurs films de sa carrière et cela non seulement à cause des performances extraordinaires de ses acteurs – surtout Michael Douglas qui ne joue pas Liberace, mais qui l’est en plus vrai que nature. Mais aussi parce que l’histoire qu’il raconte est, malgré toutes les circonstances extraordinaires, équilibrée. Et finalement, il ne fait pas un cas de l’homosexualité de ses protagonistes, montrant par là qu’elle est devenue une chose normale – du moins à Hollywood.

A l’Utopolis.


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