ABDELLATIF KECHICHE: La vie d’X

Même avant son apparition sur nos écrans, « La vie d’Adèle » d’Abdellatif Kechiche a fait scandale : pour ses scènes de sexe, sa Palme d’or et puis les différends avec l’équipe de tournage et les actrices. Finalement, le film reste banal et insipide.

D’une nullité déconcertante : « La vie d’Adèle ».

Quel théâtre et quel cinéma autour de ce film ! Après son chef d’oeuvre « L’esquive », il est vrai qu’on pouvait espérer d’un Abdellatif Kechiche que son adaptation du roman graphique « Le bleu est une couleur chaude » de Julie Maroh serait du moins intéressante. Là où la dessinatrice réussit avec brio et empathie la descente vers la naissance des premiers sentiments amoureux, le regard de Kechiche se révèle vite obsessionnel, tendance machiste et finalement chiant.

Mais commençons par le début : Adèle, une lycéenne lilloise sans histoires, se retrouve sous la pression de ses camarades de lycée. Effectivement, afin de ne pas être considérée comme frigide, elle doit perdre au plus vite sa virginité. Et comme elle ne semble pas être dotée d’une grande confiance en elle-même, elle choisit le premier type mignon qui s’intéresse à elle : Thomas, un lycéen en terminale, musicien, beau mec et romantique. Malgré une première fois qui se passe sans grands traumatismes, Adèle sent que quelque chose en son for intérieur ne fonctionne pas. Que quelque chose lui manque avec son nouveau petit ami. En même temps, une autre image commence à s’installer dans ses rêves – érotiques, forcément – celle d’une jeune femme croisée par hasard sur un boulevard, qui embrassait une autre femme. Adèle, après avoir lâché Thomas, se met à sa recherche et la trouve dans un bar gay de Lille. Les deux se rapprochent et petit à petit Emma, l’étudiante en beaux-arts qui porte des cheveux aussi bleus que ses yeux, devient le premier grand amour d’Adèle. Pourtant, à mesure que leur relation évolue, la vraie vie commence à demander des comptes et Adèle doit apprendre à ses dépens que même le parfait amour peut avoir ses côtés moches.

Ce qui gêne surtout dans « La vie d’Adèle », c’est l’obsession de Kechiche de filmer en permanence ses acteurs et actrices en gros plan. Ce qui peut être un outil stylistique sature et devient ridicule. Honnêtement, qui a vraiment envie de voir le papa d’Adèle bouffer ses spaghettis bolognaise les yeux rivés sur la télé où – cliché oblige – on a droit à « Questions pour un champion », avec la bave et la sauce qui s’accumulent dans sa barbe pendant plusieurs minutes ? Il est intéressant de noter que les seules vraies exceptions à cette règle sont les scènes de sexe. Apparemment tournées « sans tabous », elles révèlent surtout un regard très masculin, voire machiste, de la sexualité féminine. Et puis, de nos jours, si on a envie de voir un porno, il y a toujours Internet pour ça. Juste pour dire que les scènes de cul de Kechiche pourraient aussi bien se retrouver sur Youporn un jour, si elles n’y sont pas déjà.

En ce qui concerne les dialogues, même constat. Ce que Kechiche voulait montrer de la « vraie vie » se perd dans des dialogues stéréotypés, des lieux communs et des banalités qui exaspèrent vite le spectateur – surtout si on prend en compte que le film dure trois heures !

En tout, « La vie d’Adèle » ne valait pas la peine, et on comprend mal comment un tel navet a pu remporter la Palme d’or. Surtout que l’équipe du tournage s’est plainte de conditions de travail horripilantes et sous-payées. Un fait plus important que les petites querelles entre Léa Seydoux et Abdellatif Kechiche, mais qui est tombé dans l’oubli – le même oubli qu’on souhaite à ce film. Pas étonnant non plus que Kechiche ait accepté des récompenses du dictateur Ben Ali, avant qu’il ne soit démis. Finalement, Kechiche aurait mieux fait de regarder le magnifique « Fucking Amal » de Lukas Moodysson sur le même thème, mais tellement plus subtil, coloré et empathique – et de jeter ce film à la poubelle.

A l’Utopia.


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