DÉI LÉNK: Ça tourne !

Vainqueur sans doute, mais peut mieux faire. Dans une situation de crise nationale, économique et systémique, passer de un à deux députés est un pas important, mais ce n’est pas le grand bond en avant.

Des mines réjouies : Déi Lénk double sa présence à la Chambre.

Dimanche soir, les Verts mis à part, il n’y avait que des vainqueurs. Les uns avaient « limité les dégats », les autres avaient « reconquis » des sièges, et la plupart des partis assuraient qu’ils avaient fait mieux qu’attendu. Mais les seuls partis à avoir gagné en pourcentage et en sièges sont le DP et Déi Lénk. Ces derniers ont même amélioré leur score de plus de moitié et doublé leur nombre de parlementaires.

Après l’annonce de ce résultat, au Casino syndical, l’ambiance était bonne parmi les militants de base. De nombreux jeunes étaient venus pour fêter leur victoire après une campagne éprouvante. Mais d’autres s’affichaient plus ou moins ouvertement décus. C’est que la gauche radicale avait espéré remporter un deuxième siège dans le Sud. Avec un gain de 1,6 points de pourcentage, le parti n’en était pas loin. Si on ajoute le score du KPL, dont il s’est séparé en 2003, on dépasse même l’ADR dans la circonscription Sud. Quant au score national, il rejoint celui des communistes dans les années 1980, mais reste loin de leurs résultats à deux chiffres des années 1960. En somme, en période de crise nationale et économique, mais aussi systémique, le succès de Déi Lénk n’a rien d’impressionnant.

Les quelques chiffres disponibles indiquent que le gain en électeurs provient surtout de déçus des autres partis de gauche, LSAP et Verts, mais aussi… du CSV. On peut penser que les suffrages protestataires jouent également un rôle important : dans le « tag cloud » du site lenk.lu, on trouve les termes de Wickrange, Livange, Srel et loi de Lannoy.

Les statuts de Déi Lénk prévoient pour les députés – et en principe pour les mandataires communaux – une rotation à mi-mandat. Interrogé par le woxx, le parti a expliqué que, ce mercredi, son bureau de coordination avait décidé que les seconds élus, Marc Baum et David Wagner, seront employés comme secrétaires parlementaires des députés Serge Urbany et Justin Turpel jusqu’en 2016, afin de mieux préparer la transition. Tous les quatre sont conseillers communaux, mais les statuts interdisent seulement le cumul des mandats de député et d’échevin. Par contre, à l’automne 2014 au plus tard, la rotation devrait également s’effectuer au niveau communal.

Cette manière d’augmenter l’expérience et la visibilité d’un maximum de cadres politiques contribuera à ce que Déi Lénk puisse exercer, dans les années à venir, le leadership au sein de la gauche radicale. Cela se fera au détriment d’un KPL qui stagne électoralement et dont le score national est moins d’un tiers de celui de son concurrent.

Concernant la coalition à trois, les militants de Déi Lénk sont doublement contents : d’une part, ce qui leur apparaîtrait comme un scénario d’horreur sociale – une coalition CSV-DP – sera évité, d’autre part, le parti pourra jouer le rôle de seule force d’opposition parlementaire à gauche du gouvernement. Pourtant, s’il veut renouer avec l’influence politique qu’a pu exercer le KP dans le passé, il devra aussi se doter d’une stratégie de participation au pouvoir au niveau communal. C’est un sujet sur lequel la réflexion n’en est qu’à ses débuts, et, compte tenu de l’expérience décevante au conseil échevinal à Esch de 2000 à 2005, sur lequel le débat risque d’être vif.


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