ADR: L’ADR perd le Nord

Se retrouver affaibli et à droite d’un CSV dans l’opposition n’est pas la meilleure perspective pour l’ADR. Pourtant, le résultat des élections est mitigé.

La soirée électorale dans le très noble Sofitel au Kirchberg était un véritable tour sur les montagnes russes pour l’ADR. Après la perte de deux députés vers la fin de la dernière législature et beaucoup – trop – de conflits internes réglés sur la place publique, les espoirs de l’ADR d’atteindre son principal but électoral, le recouvrement du statut de fraction parlementaire avec cinq députés, n’étaient pas trop grands. Et pourtant, l’ADR s’est donné de la peine pour se rendre visible comme un parti uni, porteur d’un programme concret et concerné par les soucis et bobos du « simple Luxembourgeois ». Leur campagne aux accents patriotiques – voire nationalistes – et aux messages simplistes (on se rappellera surtout les grandes affiches avec le drapeau luxembourgeois en tant que signe d’égal), n’aura donc pas porté ses fruits. Ce qui en somme est une bonne nouvelle, car cela veut aussi dire que de moins en moins de personnes se laissent charmer par les messages crus – surtout le refus catégorique d’un droit de vote pour les étrangers.

Le refus du droit de vote aux étrangers ne rapporte pas automatiquement des voix.

Mais ce n’est pas le seul message de l’ADR qui n’a pas été entendu. Leurs efforts pour se positionner en tant que parti économiquement libéral et leur attachement à la place financière n’ont pas été entendus non plus. Tout comme leur nouveau président de parti Jean Schoos, qui n’a pas réussi à s’imposer comme une nouvelle tête dans le paysage politique – à l’Est, il reste même derrière Robert Mehlen, qui pour la deuxième fois n’a pas réussi à regagner son siège à la Chambre. Pourtant, l’ancien président de l’ADR, Fernand Kartheiser, a réussi cette fois son entrée directe au parlement, ce qui démontre aussi que parmi les électeurs du parti, il y a une nette préférence pour les tendances ultra-conservatrices pour lesquelles Kartheiser s’est fait connaître et avec lesquelles il a mené son parti au bord de l’implosion.

Mais c’est pourtant dans le Nord que l’ADR souffre le plus. Car ce qui était à craindre est finalement arrivé : le PID de leur ex-député Jean Colombera est entré en collision avec son ancien parti, avec comme résultat qu’aucun des deux n’a obtenu un siège. La même chose en somme qu’aux dernières communales à Esch, où la « Biergerlëscht » d’Aly Jaerling et l’ADR se sont pulvérisés mutuellement.

Avec l’arrivée de Roy Reding au parlement dans la circonscription du Centre, l’ADR semble enfin être fixé sur ses contenus. Et la disparition du dernier « gauchiste », Colombera, est assumée. De plus, il ne semble plus exister de véritable opposition à l’intérieur du parti contre la ligne « à droite du CSV » importée au début par Fernand Kartheiser. Pour qui ces élections sont sans doute une victoire personnelle, même si le parti, dans l’ensemble, a bien perdu des voix et un siège. Mais c’est aussi un parallèle avec le CSV : tout comme le grand frère conservateur, les pertes escomptées n’ont pas été aussi lourdes que prévues. Et peut-être même qu’à côté d’un CSV qui doit encore faire son grand ménage dans les coulisses, l`ADR pourrait gagner en popularité face à la coalition à trois qui s’annonce.


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