PEINTURE: Entre deux

Tomokazu Matsuyama est un artiste biculturel, voire bicéphale. Ses toiles montrent qu’un mélange des cultures japonaise et américaine peut mener à des résultats pour le moins inattendus.

Fort dans le concret, mais en fait trop dans l’abstraction : Tomokazu Matsuyama.

Né en 1976 à Tokyo mais vivant désormais à New York, Tomokazu Matsuyama est naturellement une sorte d’ambassadeur culturel de ses deux origines qui l’ont formé. Ce qui est intéressant de voir, c’est que le courant entre les cultures japonaise et américaine passe dans les deux sens. Ce ne sont pas uniquement les Américains qui ont importé le manga – et dans un sens plus large tout l’art des estampes japonaises – dans la leur, mais l’imagerie américaine peut aussi exercer une certaine influence sur l’art et la créativité d’un Japonais.

Ce qui frappe en premier lieu dans les peintures de Tomokazu Matsuyama, c’est sa douceur. Même si les thèmes semblent extraits d’univers typiquement japonais, les couleurs qu’il utilise ne sont pas criardes, mais plutôt chaudes. La même chose vaut pour la façon comme il peint ses visages. Alors que nous sommes habitués aux yeux hypertrophiés, les yeux des personnages de Matsuyama sont normaux. Et pourtant, les visages présentent tous un élément en commun : l’absence d’un nez. Cet élément stylistique, dont on ne s’aperçoit même pas à première vue, est marquant du style de l’artiste, qui ne mise pas sur les gros effets, mais sur la discrétion.

Concernant ses motifs, Tomokazu Matsuyama reste plutôt proche de ses racines asiatiques : ils rappellent à la fois certaines estampes japonaises, surtout par la façon dont il compose ses images, mais l’univers du manga est aussi évoqué, tant ses tableaux ne manquent jamais de dynamique et semblent raconter une histoire. Une histoire qui n’est pourtant jamais prédéfinie, mais dont le spectateur peut librement imaginer les bouts de ficelles qui les tiennent ensemble. Et cela pour une bonne raison : les tableaux de Matsuyama ne portent aucune inscription, ni calligraphie qui les définirait. Seule la taille et la forme des tableaux – qui sont très variables – peuvent éventuellement indiquer le chemin vers une possible interprétation.

Pourtant, si les tableaux non abstraits de Tomokazu Matsuyama sont évidemment d’une certaine fraîcheur et beaux à voir, certains critiques les ramenant même à une sorte d‘ « expressionnisme japonais », les tableaux dans lesquels il délaisse ses origines, les compositions abstraites, le sont beaucoup moins.

Et cela non seulement par le manque de figures concrètes, mais aussi à cause de leur composition qui a tendance à défier l’oeil du spectateur, tant l’artiste le surmène par son assemblage de figures géométriques de toutes les couleurs – ce qui donne à voir plutôt un grand chaos qu’une belle composition.

Néanmoins, Tomokazu Matsuyama est encore un jeune artiste et ses oeuvres sont certainement d’un grand intérêt. Ne serait-ce que pour voir le mélange interculturel et inattendu de ses toiles un saut à la galerie Zidoun en vaut le coup.

A la galerie Zidoun, jusqu’au 9 novembre.


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